Pour apprendre le laotien, trois endroits s’imposent : le salon de massage, le marché et le café.
Au salon de massage où j’ai mes habitudes, des photos de la propriétaire -une quadragénaire thaïlandaise mariée à un laotien- recouvrent un mur, à côté d’aquariums abritant des poissons aux têtes déformés. Après avoir échangé ses chaussures contre des tongues à la porte d’entrée, on s’assied sur de grandes chaises en bois massif où l’on choisit -à la carte- un massage parmi ceux proposés : pieds, tête, corps, à l’huile, traditionnel, aux herbes…
On est ensuite conduit près de l’escalier où la masseuse nous lave les pieds avant d’entrer dans une grande pièce compartimentée par des rideaux importés de Chine. J’enfile le pyjama mis à disposition, m’allonge sur le dos, et engage la discussion avec la masseuse, une fille de 17 à 24 ans.
Sabaidee, sabaidee bo ?
Bonjour, ca va bien ?
Alors là, c’est décalé comme question mais, mon fond culturel attaché à mes tongues… La bonne question bateau c’est :
Kin khao léo bo ?
Est ce que (tu-vous) (as-avez) déjà mangé ?
Entendant cette question lors des premiers mois au Laos, je ne savais pas encore que c’est une formule de politesse. Donc à chaque fois qu’on me demandait celà et que je n’avais pas mangé, je croyais à une invitation et répondait souvent : « non pas encore, mais on peut manger ensemble » ce qui plongeait mon interlocuteur dans une profonde réflexion.
Puis, on peut demander :
Tiao (Nong) mi fén léo bo ?
Est ce que tu as un petit ami ?
Il est usuel de demander rapidement si la personne à déjà fondé une famille où projette de le faire dans un avenir proche. La famille est la chose la plus importante au Laos, le reste est annexe.
Sa réponse va être négative car même si elle a un petit ami, elle préfère ne pas en parler car tant qu’elle n’est pas engagée sérieusement, elle ne va pas jouer son avenir sur un seul garçon.
Sao (Nong) ma té sai ?
Tu es originaire de quel village ?
En général, les filles viennent de la campagne : province de Sam Neua, Sayabouli, Champassak… Facile à deviner avec l’oreille musicale, sinon la couleur de peau (brune dans le Sud, nacre dans le Nord) peut donner une indication.
Kit hod ban bo ?
Est ce que ton village d’origine te manque ?
(poésie) Bien sûr qu’il manque, c’est souvent un océan de forêts pour la fille de Sam Neua, un endroit où il fait bon pousser le riz et la maïs à Sayabouli, un village qui se reflète dans le Mékong pour la fille du Sud. Mais la vie y est rude, douce, simple et parfois amère. (/poésie)
Po mé tiao (nong) het hai leu hét na ?
Tes parents cultivent ils le riz sur des pans de collines ou en rizière inondé ?
C’est une question qui surprend la masseuse, peut être parce que un étranger ne fait pas la distinction ou que c’est un peu trop personnel. En général, les masseuses les plus petites de taille sont celle d’origine la plus modeste et leurs parents pratiquent la culture sur brûlis.
Tjao you Vientiane don léo bo ?
Depuis quand es tu à Vientiane ?
Et là, on apprend que la fille en général a quitté son village à 13 ans pour rejoindre un cousin (un laotien a des cousins partout !), a un peu étudié et bosse depuis maintenant 2 ans dans le salon de massage.
Phak you sai ?
Où habite tu ?
Là, la réponse (Ban Trucmuche – le village Trucmuche) me laisse en général perplexe parce que Vientiane c’est un agglomérat de disons 70 villages et que je dois en connaître nommément une dizaine.
A la fin du massage, un thé, une addition de 35000 kips par heure. Je laisse un pourboire et pars en ayant -parfois- appris quelques mots.