Deux amis vont faire la route de Luang Prabang à Toulouse. Suivez cette aventure humaine sur leur site.

Pour voyager à Hongsa, écoutez quelques sons du festival des éléphants.
Début juin, on va faire un peu de route ensemble dans le district de Muang La (province d'Oudomxay dans le nord du Laos). Je vous raconterai çà bientôt.
A partir de la mi-mars, le Nord Laos s'enflamme pour appeler la pluie.

Incendies près d'un village, province de Luang Prabang
Les paysages de montagne des provinces du Nord Laos prennent des allures sinistres avec des pans de montagne carbonisés. Les collines vertes laissent place en quelques semaines à des reliefs pelés, noirs.
Des avions pour Luang Prabang de la Thai Airways sont annulés à cause de la visibilité réduite ; tandis que les pilotes laotiens de Lao Airlines, habitués du phénomène, arrivent toujours à poser leurs appareils.
Sur la route, dans la province de Xieng Khouang, nous croisons un vieil homme en colère, à côté de sa maison carbonisée. Il a perdu le peu qu'il possédait quand les incendies, mal contrôlés, se sont propagés.

Laotienne arrosant le toit de sa maison pour éviter la propagation de l'incendie - province de Luang Prabang
Le gouvernement laotien, indique que c'est une catastrophe écologique. Certaines ONG approuvent : il faudrait supprimer la culture sur abbatis-brûlis responsable de la déforestation et source de pauvreté pour les populations locales.
Ce n'est pas si simple.
Pour ceux que le sujet intéresse, le livre Chronique des Cendres d'Olivier Evrard est très intéressant :
Les « mangeurs de forêts » ont mauvaise réputation. Parce qu’ils défrichent chaque année une parcelle de végétation avant d’y mettre le feu, les agriculteurs montagnards d’Asie du Sud-Est seraient les premiers responsables de la déforestation. Culturellement distincts de leurs voisins des plaines, ils font aussi figure de populations arriérées, incapables d’abandonner des pratiques qui les maintiendraient dans la pauvreté. D’où la nécessité de les déplacer et de les regrouper dans les vallées, pour les « sédentariser » et les « développer ». Tel est en tout cas le discours des États, souvent relayé et cautionné par les institutions internationales et les médias.
Pourtant, l’agriculture sur brûlis n’est pas toujours et partout une aberration écologique ou économique. Chez les montagnards Khmou du Nord-Laos, il s’agit d’un véritable mode de vie et non d’une technique de survie. L’agriculture sur brûlis exprime leur rapport à la nature, inspire leurs catégories mentales et leur système symbolique. Elle participe de la reproduction des liens sociaux dans les maisons et les villages. Elle structure enfin les relations qu’ils entretiennent avec leurs voisins et avec l’État.
Ces «chroniques des cendres » restituent leur vision du monde et retracent l’histoire des relations interethniques au Nord-Laos. Elles témoignent aussi des liens complexes tissés par les minorités avec l’État-nation dans ce pays et de l’ampleur des recompositions sociales et territoriales en cours dans le contexte post-communiste contemporain.
Une étude de l'ONG "Comité de Coopération avec le Laos", particulièrement au fait des réalités laotiennes : http://www.ccl-laos.org/IMG/pdf/Abattis_brulis_OD_Fr.pdf
Après avoir parcouru une belle route au Sud de Xaisomboune, nous nous arrêtons pour demander à des habitants d'un village Hmong si nous nous trouvons bien à "Hom", ce qu'ils nous confirment unanimement.
- Sébastien : "Waatcha" (d'après Sébastien ça veut dire merci)
- Un Hmong : "Sorry, I don't have a watch"
40 kilomètres plus loin, nous atteignons "Hom", où nous étions censés nous trouver... Les villageois nous indiquaient qu'on était dans le district de "Hom", pas le chef-lieu.

Sébastien révise le Hmong sous un arbre
Une petite importation de base de données :-/ et promis le blog est de retour. Maj: ça y est, c'est importe ! Il ne manque que les images !
Ci-dessous un extrait de "Le Laos et les populations sauvages de l'Indochine" par le Dr François Jules Harmand.. Je n'ai pas l'édition française et donc je traduis depuis la version anglaise à ma disposition, le résultat n'est certainement pas identique à l'original. L'auteur raconte son voyage au Laos et au Viêtnam en 1877... extrait qui m'a fait bien rire et fidèle à l'esprit "Tintin au Lao" qui se dégage du bouquin.
(...) Séduit par l'apparence admirable de cet endroit, je remarquais une de ces petites huttes que les laotiens aiment à construire dans des endroits déserts et pittoresques afin d'honorer leurs esprits qui sont les seuls à errer ici. Je l'ignorais alors et, en choisissant cette maison pour m'installer, j'avais commis un acte particulièrement hardi aux yeux de mes porteurs. De tous les hommes qui m'accompagnaient, aucun n'accepta de passer la nuit ici et le jour suivant, je fus avertis qu'en continuant à dormir là, je m'exposais aux plus terribles maux. Voyant ma complète indifférence à cette information, ils disaient : "Ils ont bien raison de dire que ce français n'a peur de rien", et secrètement, les uns après les autres, ils venaient me demander de leur donner de cette potion que j'utilisais pour me rendre si courageux. "Réponds", dis je à l'interprète, "que je ne peux leur en donner car je n'en ai plus depuis bien longtemps. Cette potion est le lait de nos mères".
... et la source pour les anglophones... Seduced by the admirable appearance of the place, I noticed one of those small huts which the Laotians like to build in deserted and picturesque places to honor the spirits who are the only who wander there. I ignored then that, by choosing this house to install myself, I had committed an act of extraordinary boldness in the eyes of my porters. Of all the men who accompanied me, not one agree to pass the night there and the next day I was warned that by persisting in sleeping there, I exposed myself to the most terrible illnesses. Seeing my complete indifference to this information, they said, "Quite rightly they say that these Frenchman is not afraid of anything!", and secretly they came to ask me, one after the other, to give them some potion that I used to make myself so courageous. "Answer", I told the interpreter, "that I cannot give them because I have not had any for a long time. That potion is the milk of our mothers!"
Mon amie T. travaille à mi-temps comme professeur d'anglais dans un collège de Savannhakhet. Parfois, elle accompagne des touristes dans les treks de 1 à 5 jours organisés par l'office de tourisme de Savannakhet. Son anglais-australien est très bon et c'est la seule guide-femme que je connaisse qui parte dans des villages de minorités isolés. Elle serait très utile à de nombreux projets de développement qui ont des difficultés à trouver des candidats acceptant de partir longtemps dans des villages isolés et sans confort. C'est elle qui soutient ses frères et sœurs car sa mère est partie vivre au temple et son père n'est plus là. Je suis impressionné par toute l'énergie qu'elle déploie pour aider sa famille.
T. a été acceptée dans un programme luxembourgeois qui se donne pour objectif d'élever les standards de l'hôtellerie-restauration lao à un niveau international et d'aider ainsi au développement du tourisme.
Personnellement, je suis opposé à ce type de programmes veulent "standardiser" et "internationaliser" l'offre touristique au Laos . Pourquoi apprendre aux laos à être rapides, efficaces et stressés ? Leur dire que c'est important de respecter la chaîne du froid dans un pays où c'est impossible. Traditionnellement ici, le service est lent, indolent, parfois maladroit... mais on vous rend quasi-toujours ce petit service, gracieusement et avec le sourire. Et si le système capital... euh socialiste de marché, fonctionne plutôt bien dans le domaine. Non ? Pour ceux qui sont prêts à payer 30$ la nuit d'hôtel et 10$ le repas dans les grandes villes touristiques, les chambres et le repas sont très proches des standards internationaux. Et avec un budget plus serré, il suffit souvent d'aller dans les restaurants fréquentés par les locaux pour éviter les diarrhées. J'ajoute que l'intérêt premier de quelqu'un qui vient visiter le Laos n'est pas d'avoir un lit bien fait ou un steak à point.
La sélection des candidats pour ce projet s'est faite à Vientiane. Une cinquantaine de candidats sont venus de tout le pays et se sont retrouvés en chambre (individuelle pour mon amie) pendant une semaine dans un hôtel à 35-40$ la nuit. Même si les organisateurs ont négociés la chambrée moins cher, ça reste un gaspillage ahurissant. Une chambre à 10$ est suffisamment confortable pour la plupart des laos qui n'ont pas l'habitude de la clim. dans leur chambre et n'ont jamais pris de douche chaude.
T. a passée cette sélection et se retrouve maintenant pour 3 mois à Vientiane à partager avec 3 autres camarades une maison louée par le projet. La maison, éloignée du centre de formation, est louée 400$ par le projet alors qu'ils auraient pu trouver une maison correcte pour 2 fois moins cher. Un ami logisticien pour une ONG parle souvent d'une "taxe ONG" de 20% : quand une ONG ou une agence de développement achète ou loue, les prix sont très souvent gonflés par les fournisseurs locaux qui voient les ONG comme des grosses vaches bien grasses. Vu la gestion financière de ce projet, l'agence de développement doit se prendre une belle majoration.
Le pire c'est qu'aujourd'hui mon amie et ses collègues sont en difficulté financière car ils se voient alloués 5$ par personne et par mois pour les dépenses quotidiennes. Dans l'état actuel, elle n'ira pas visiter sa famille pendant ces 3 mois car le bus est trop cher. Enfin dans 3 mois, ils partent 9 mois aux US pour apprendre à être de bons formateurs. Là encore, une formation en Thaïlande serait bien moins onéreuse même si peut être aussi un peu moins efficace.
Une initiative à ajouter à la catégorie "Projet de 5 500 000 euros conduit par des mauvais" ? Et en première page de leur site : "Lux-Development au rendez-vous de l'efficacité dans la lutte contre la pauvreté", en tout cas sans doute pas sur ce projet au Laos.
Sinon eux ils font un super travail : www.friends-international.org
@Ak -> je te voie sourire quand je distribue les mauvais et bons points.
Un ami en vacances au Laos voulait goûter les spécialités locales et en particulier essayer la viande de chien. Rendez-vous pris en début d'après-midi, nous nous dirigeons vers un quartier Vietnamien de Vientiane pour trouver un restaurant de grillades de chien.
Je repère un boui-boui Vietnamien à sa tenancière (pantalon à carreaux rouge et beige, regard dénué de la moindre émotion) ainsi qu'au portrait de l'oncle Ho accroché au fond de la salle. Dès que je lui adresse la parole, sans même chercher à me comprendre, elle appelle un cousin/voisin, (Vietnamien lui aussi car reconnaissable a sa barbichette). Il s'empresse de nous ordonner de nous assoir avant de me regarder parler puis gesticuler puis, désespéré devant son manque de réaction, mimer le meilleur ennemi du facteur. Finalement, le restaurant est assez sale, la viande est conservée dans un sac plastique dans une cantine exposée au soleil et il n'y a pas de barbecue (la viande sera bouillie). Il est déjà tard et pas convaincu par l'endroit, on décide d'attendre le dîner pour trouver un restaurant canin.
Le soir, nous trouvons un restaurant connu pour sa spécialité où les propriétaires sont laos et les clients parlent laos. On m'a rapporté que le chien est de plus en plus populaire au Laos car les laos partis étudier au Vietnam reviennent avec un goût prononcé pour le toutou grillé. Comme les restaurants de ce type ne servent que du chien, nous allons acheter une soupe de poulet pour une amie qui nous accompagne et qui ne veux pas tenter l'expérience.
Finalement les grillades sont excellentes : un goût proche de l'agneau, un peu plus relevé. Les prix sont raisonnables, l'assiette est un peu moins cher que celle de canard ; la viande est servie avec de la coriandre, de la salade et une sauce à base de poisson fermenté. On s'est régalé. Les 3 chiens du restaurant ont finis les restes.
Le lendemain, je raconte ma découverte culinaire à une lao qui ne comprend pas trop mon enthousiasme (extrait de la conversation) Elle : Vous avez des chiens en France ? Moi : Oui, il y en a beaucoup Elle : Est ce qu'il y a des restaurants où l'on peut manger du chien ? Moi : Non, il n'y en a pas. Elle : Pourquoi ? Moi : ... En France, il y a des personnes qui aiment les chiens et qui sont en colère si on les mange.
Là elle n'a rien répondu et, en y repensant, elle n'a pas du saisir le sens de ma réponse, c'est difficile de comprendre l'intolérance de certains "amis des bêtes". A Paris, un restaurant proposant du chien serait incendié en moins d'une semaine. Par contre, il doit bien exister des restaurants où les clients sont des chiens...
Extrait de "Tristes tropiques" de Claude Lévi-Strauss :
Une expédition ethnographique dans le Brésil central se prépare au carrefour Réaumur-Sébastopol. On y trouve réuni les grossistes en articles de couture et de mode ; c'est là qu'on peut espérer découvrir les produits propres à satisfaire le goût difficile des Indiens. Un an après la visite aux Bororo, toutes les conditions pour faire de moi un ethnographe avaient été remplies(...). Il fallait d'abord m'équiper ; trois mois d'intimité avec les indigènes m'avaient renseignés sur leurs exigences, étonnamment semblables d'un bout à l'autre du continent sud-américain. Dans un quartier de Paris qui m'était resté aussi inconnu que l'Amazone, je me livrais donc à d'étranges exercices sous l'oeil d'importateur tchécoslovaques. Ignorant tout de leurs commerce, je manquais de termes techniques pour préciser mes besoins. Je pouvais seulement appliquer les critères indigènes. Je m'employais à sélectionner les plus petites parmi les perles à broder dites "rocailles" dont les lourds écheveaux remplissaient les casiers. J'essayais de les croquer pour contrôler leur résistance; je les suçais afin de vérifier si elles étaient colorées dans la masse et ne risquaient pas de déteindre au premier bain de rivière ; je variais l'importance de mes lots en dosant les couleurs selon le canon indien : d'abord le blanc et le noir, à égalité ; ensuite le rouge ; loin derrière le jaune ; et, par acquis de conscience, un peu de bleu et de vert qui seraient probablement dédaignés.
En relisant ce passage de mon livre préféré, j'ai été marqué par la correspondance entre les préférences de couleurs décrites par l'ethnologue et les couleurs dominantes de certaines parures que je me suis procuré dernièrement.
La parure de la photo provient de la région d'Attapeu où vivent de nombreux groupes ethniques classés dans la catégorie ethnique "Lao Theung", qui regroupe des "Austroasiatiques", premiers habitants du Laos dont les cultures sont les plus "primitives". Des parures plus simples illustrent mieux le rapprochement, mais comme ce vêtement est un cache-sexe masculin, une couleur agressive est sans doute recherchée et cette dominance rouge est en fait plutôt inhabituelle.
Il y a aussi des similitudes entre les organisations spatiales des villages Lao Theung et celles des villages indiens décrits par Lévi-Strauss.
Si vous avez du temps, lisez Lévi-Strauss : c'est bien.
Quelques photos prises au Laos depuis avril 2008 :
http://picasaweb.google.fr/unvoyage...
Après avoir arpenté le Laos pieds nus, mendiant le riz et dormant dans les forêts sauvages, conversant avec les éléphants et les arbres, je suis prêt à revenir en France apporter mon soutien et délivrer de la souffrance mes frères et sœurs.
Plus sérieusement, j'ai eu, il y a peu, une envie compulsive, souvent attribuée aux femmes enceintes. Dans un film, un des acteurs, se dirige vers un distributeur et en retire un sandwich au pain de mie. Vous savez, ce genre de sandwich sous barquette plastique qu'on mange sur le pouce, bon compromis quand on a 10 minutes pour déjeuner, mais fade. Et bien, je bavais devant mon écran, putain ça a l'air bon, ça fait longtemps, échafaudant un plan pour aller dans une supérette acheter du pain de mie, du jambon et passer au marché pour de la salade. Finalement, découragé par l'ampleur de la tâche (il faut en plus que je passe à la station service, mon réservoir est presque vide), je suis allé commander du riz avec du poulet dans un petit restaurant de quartier. En y repensant, ce n'est pas le gout du sandwich qui m'a si terriblement manqué mais un besoin de standardisation, auquel j'ai été habitué en France. Ici, pas (encore) de MacDo ou de grande chaîne ; dans le même restaurant, le goût du milkshake-banane sera différent d'un jour à l'autre ; le code de la route est inconnu (pour être honnête, quelqu'un m'a dit que quelqu'un a vu des exemplaires dans un marché) ; il n'y a pas d'étiquettes de prix ; pas de panneaux qui commencent par 'Ne pas'... C'est ce qui permet de différencier un pays pauvre d'un pays développé où toute notre énergie semble s'orienter vers le développement de rassurants standards. C'est paradoxal : un régime liberticide (certains ont payés un prix fort) et une sensation de liberté (pour certains donc) inconcevable en France.
Je vais donc traverser une nouvelle fois la frontière Thai à Nong Khai, remplir ce formulaire d'entrée pour la neuvième ou dixième fois, prendre un train de 12h pour Bangkok, voir des amis, aller à l'aéroport, check in, dormir, passage de la douane, et le RER B, ça fait longtemps. Il faudra que je fasse attention à certaines habitudes comme d'appeler toutes les femmes de plus de 40 ans 'maman' ; sourire aux gens sans raison particulière ; m'asseoir à une terrasse de café pour me protéger de la pluie sans rien commander ; inviter mes amis au mariage d'une connaissance ; inviter mes amis à l'enterrement d'une connaissance ; considérer qu'une bière à 1€ c'est cher ; demander quel est le groupe ethnique des villages traversés ; demander au chauffeur du bus de s'arrêter 2 minutes pour que je puisse aller acheter une bouteille d'eau ; penser que les femmes qui fument sont des prostituées thaïlandaises ; négocier 1/2 heure le prix d'une paire de chaussures ; passer l'après-midi à faire visiter Paris à un touriste qui m'a simplement demandé son chemin...
Ah oui : j'ai aussi pris le billet retour.