La première chose qui peut marquer le visiteur d’un temple au Laos est l’aspect informel de cette religion – je ne sais pas si le bouddhisme doit être défini comme religion et laisse de côté cette question « académique » aux spécialistes. A côté de fidèles priant, d’autres discutent, répondent au téléphone, vendent des fleurs ou des bâtonnets d’encens… la vie continue. Ici pas de passéisme : les statues de bouddha peuvent être auréolées de cercles de lumières ou enguirlandées donnant une impression assez kitch ; dans un temple de Vientiane, j’avais été surpris de voir une boule à facette !
Pas de prosélytisme ou d’exclusivité du bouddhisme. La grande majorité des laotiens (bouddhistes ou non) croient en la présence d’esprits et ceux qui se rendent au temple pour faire des offrandes n’oublient pas pour autant d’entretenir de bonnes relations avec ces derniers. Par exemple, en traversant un village, il vaut mieux s’arrêter converser quelques instants afin d’éviter que les villageois ne prennent les visiteurs furtifs pour des fantômes. Je me rappelle une jeune fille, particulièrement brillante, qui nous demandait de ne pas l’appeler par son surnom : les mauvais esprits ayant infligés une blessure à une de ses amies portant le même surnom. Je pensais ces croyances en décalage avec le bouddhisme, en réalité beaucoup de novices, moines ou nonnes sont convaincus de la présence d’esprits. Lors d’un repas, une nonne me recommande de ne pas prêter attention aux esprits qui doivent m’apparaître lors de méditations ; elle ajoute que même si un tigre passe à coté de moi lors d’une méditation dans la forêt, je dois l’ignorer (je ne suis pas très sûr de ma réaction ^_^).
L’ignorance et l’erreur sont considérées comme normales : cette vie n’est qu’une étape dans laquelle nous devons nous efforcer d’agir bien et d’avancer dans la connaissance. De ce fait, la compréhension et l’indulgence à l’égard des occidentaux est telle que, dans un temple, en enlevant ses chaussures et en faisant preuve de bon sens, on ne commet pas d’impair grave.
J’ai fait part à deux amies bouddhistes de mon désir de mieux connaître le bouddhisme et la société laotienne en vivant quelques jours la condition monastique au Laos. Après une première réaction de surprise, elles m’ont encouragées, me félicitant de cette décision qui m’apporterait beaucoup de mérites.