Dans un intervalle de 10-15 ans, le laotien de Vientiane est passé du vélo au Toyota Vigo ou à la mobylette. Un vélocyclopédiste sur deux doit être un expat ou un touriste et on distingue aisément les repères d’expats à la proportion de vélos cadenassés à l’entrée. La plupart des autres cyclistes sont des marchands ambulants Vietnamiens proposant des briquets clignotants, le couteau de Rambo ou une manucure. Ma « conscience écologique » (i.e. je consomme(ais) autant que 10 ou 15 africains mais attend la solution au réchauffement climatique du protocole de Kyoto) n’a pas résisté à 40 km cumulés de vélo sous le soleil la journée ou avec les chiens à mes trousses la nuit. Du coup, je me suis offert un scooter Kolao, modèle RIO NF (pas vraiment aux normes francaises) rouge (c’est connu, ca va plus vite) et dont le compteur de vitesse peut afficher un fantaisiste 160km/heure (elle commence à trembler à partir de 60).
Sur la route, il faut vraiment s’attendre à tout : pas de règles de priorités, arrêts intempestifs, dépassements sans distance de sécurité… Pour traverser la rue, il est d’usage de commencer à rouler en sens contraire avant de rejoindre la bonne file quand l’opportunité se présente. La seule règle en usage : ‘Si tu peux passer, vas y !’. Au début je m’énervais un peu de voir des types risquer ma vie pour aller acheter une salade de papaye ; aujourd’hui je prend les queues de poisson avec détachement. L’usage du casque est généralisé en ville: les policiers, postés aux principaux carrefours, arrêtent et verbalisent (traduction : demandent un bakchich) tous ceux qui roulent sans casques. Par contre, personne ne le met pour les trajets où l’on ne risque pas de passer devant la police. Les feux de signalisation sont respectés dès lors qu’un policier surveille ; la nuit, lorsque les policiers dorment, les interdictions sont beaucoup plus théoriques.
Quotidiennement des accidents… Souvent une moto contre une voiture. Les collisions les plus graves sont signalées par les claquettes sur la route égarées par des motards malchanceux. Personne ne les enlève et elles restent là quelques jours, comme une piqûre de rappel.
Il y a aussi l’alcool. Histoire entendue d’une lao : ‘Un garçon et une fille qui vont se marier ont beaucoup bu et partent en moto à deux pour rejoindre des amis. Le garçon à l’arrière, saoul, tombe de la moto au milieu de la route. La fille est tellement ivre qu’elle ne s’en aperçoit qu’arrivé à destination. Elle rebrousse alors chemin pour trouver son copain qui a eu la chance de ne pas se faire rouler dessus. Il meurt à l’hôpital (dixit). C’était juste à côté de chez moi et depuis j’évite de prendre cette route le soir car beaucoup de gens sont morts ici et j’ai peur des fantômes.’
En dehors de la capitale, on voit surtout des motos (essentiellement des 100CC de facture chinoise), des 4*4, des tracteurs, touks touks de dimensions variables, d’énormes camions partant échanger le bois lao contre des téléphones portables. Le spectre des vitesses est large : de 15 à 80 km/h. En rentrant d’un temple à la campagne avec des moines, je leur ai appris que l’on pouvait être verbalisé en France si on roulait en deçà d’une vitesse minimale sur les grands axes. Ils ont beaucoup rigolé. A la campagne, le principal danger vient des vaches, moutons et buffles que l’absence de clôtures rend libres de traverser la route quand ils le décident. C’est particulièrement dangereux de nuit car en dehors des grandes villes, l’éclairage est inexistant. Sur un trajet de campagne, ces mêmes moines trouvaient très amusants de me raconter qu’en cas d’accident, ma mort ferait les gros titres des journaux et que l’ambassade de France enverrait un hélicoptère chercher mon corps. Une heure plus tard, j’ai des sueurs froides et essaie de construire en lao une demande polie pour demander au chauffeur de lever le pied. A cet instant précis, les phares éclairent une vache, sortie de nulle part, à 3 secondes de notre van, il s’en est fallu de très peu. Comme dit l’autre : ‘Ils s’en foutent, ils croient en la réincarnation’
Ca peut sembler paradoxal mais les routes sont relativement sûres dès que l’on a conscience de l’absence de règles, qu’on évite de dépasser le gramme d’alcool et de freiner par temps de pluie (de conduire sous la pluie !?). En France on attend des gens qu’ils respectent le code de la route, on se repose sur les règles à la merci du premier distrait ou excité du volant.