J’ai commencé à étudier sérieusement le laotien en suivant un cours bihebdomadaire au centre de langue française de Vientiane. Les 2 séances de 2h15 sont consacrées à l’apprentissage des bases de la langue ; le professeur s’attache à enseigner à notre petit groupe un laotien pratique et passe-partout.
Le lao est une langue structurellement simple et les bases sont relativement rapides à assimiler. Le vocabulaire est limité car la langue est agglutinante : hôpital se traduit par ‘hong mo’, litt. ‘bâtiment docteur’, hôtel se dit ‘hong hem’ litt. ‘bâtiment dormir’… La grammaire est très simple, un mot suffit pour indiquer le temps (day pour le passé, tja ou si pour le futur), il n’y a pas de genre ou de conjugaison et pas de règles tordues comme l’accord du participe passé dont la genèse reste un mystère pour le commun des francophones.
La vraie difficulté du lao réside dans la prononciation. Les phrases doivent être prononcées sans l’accentuation finale que nous utilisons inconsciemment et qui permet de faire la différence entre On mange ?, On mange ! et On mange. Il y a théoriquement 6 tons (bas, moyen, haut, montant, haut descendant, bas descendant) qui donnent des sens différents à la même syllabe. Par exemple ‘pa’ signifie tante, poisson ou forêt suivant le ton utilisé. Heureusement le contexte permet à une oreille peu exercée de faire la différence : on mange rarement sa tante ou la forêt et plus souvent du poisson.
Certaines différences sont plus insidieuses comme une marque du futur (si) qui prononcée avec un ton différent signifie ‘baiser’. A Savan, je ne comprenais pas pourquoi les laotiens me conseillaient d’utiliser l’autre marque du futur ‘tja’ et c’est à Vientiane qu’on m’a expliqué la différence. Autre exemple, la proximité entre ‘être fatigué’ et ‘poils pubiens’ est à l’origine de nombreuses blagues.
Les légumes amenés par les ‘colonisateurs français’ sont identifiables à leurs noms : carotte se dit calot (pas de r en lao) et asperge se dit ‘no mai falang’ litt. pousse de bambou française ^_^
Plus encore qu’avec d’autres langues proches de notre langue maternelle, la tentation de traduire des phrases mot par mot doit être évitée : le laotien semble dépouillé de tout superflu ; les pronoms personnels peuvent être implicites ; la connotation des adjectifs est souvent positive et pour dire méchant, on préfère ‘bo di’ litt. ‘pas bien’ car la norme ici c’est d’être bien. Certaines expressions sont très fraîches : aller se promener se traduit par ‘pai lin’ ou ‘pai lin su su’ litt. ‘aller jouer’ resp. ‘aller jouer simple simple’ ; si je suis rassasié, je dis ‘im léo’ litt. ‘plein déjà’, et c’est la même expression lorsque le réservoir de la moto est remplie. Les traditionnels ‘au revoir’ que nous répétons sans cesse, vidés de leurs substances, sont ici évités : la plupart du temps, on part simplement ou après avoir dit ‘pai kon’ litt. ‘partir avant’, je m’en vais. La manière de s’adresser à quelqu’un est très différente suivant les positions sociales respectives des interlocuteurs. Une amie thaïlandaise, peu habitué des temples a commis une bourde en disant ‘oui’ aux moines par ‘tjao’ et non ‘doy’ comme il est d’usage. Le respectueux ‘doy’ est utilisé lorsque l’on s’adresse à son patron ou à un moine mais il revient à la mode, surtout auprès des amoureux qui trouvent mignons de l’utiliser entre eux. Il est aussi utilisé par les laotiens de la diaspora qui parlent le laotien ‘d’en haut’ d’il y a 30 ans.
Le plus impressionnant en apprenant le lao c’est de réaliser l’effort colossal que doit demander l’apprentissage du français pour un laotien… et certains parlent vraiment très bien français. Apprendre une langue aussi différente et subtile n’exige pas seulement d’assimiler un vocabulaire sans racine commune avec sa langue maternelle mais aussi d’adapter sa manière de penser. En comparaison l’apprentissage de l’anglais par un français est vraiment facile.