Après avoir arpenté le Laos pieds nus, mendiant le riz et dormant dans les forêts sauvages, conversant avec les éléphants et les arbres, je suis prêt à revenir en France apporter mon soutien et délivrer de la souffrance mes frères et sœurs.
Plus sérieusement, j'ai eu, il y a peu, une envie compulsive, souvent attribuée aux femmes enceintes. Dans un film, un des acteurs, se dirige vers un distributeur et en retire un sandwich au pain de mie. Vous savez, ce genre de sandwich sous barquette plastique qu'on mange sur le pouce, bon compromis quand on a 10 minutes pour déjeuner, mais fade. Et bien, je bavais devant mon écran, putain ça a l'air bon, ça fait longtemps, échafaudant un plan pour aller dans une supérette acheter du pain de mie, du jambon et passer au marché pour de la salade. Finalement, découragé par l'ampleur de la tâche (il faut en plus que je passe à la station service, mon réservoir est presque vide), je suis allé commander du riz avec du poulet dans un petit restaurant de quartier. En y repensant, ce n'est pas le gout du sandwich qui m'a si terriblement manqué mais un besoin de standardisation, auquel j'ai été habitué en France. Ici, pas (encore) de MacDo ou de grande chaîne ; dans le même restaurant, le goût du milkshake-banane sera différent d'un jour à l'autre ; le code de la route est inconnu (pour être honnête, quelqu'un m'a dit que quelqu'un a vu des exemplaires dans un marché) ; il n'y a pas d'étiquettes de prix ; pas de panneaux qui commencent par 'Ne pas'... C'est ce qui permet de différencier un pays pauvre d'un pays développé où toute notre énergie semble s'orienter vers le développement de rassurants standards. C'est paradoxal : un régime liberticide (certains ont payés un prix fort) et une sensation de liberté (pour certains donc) inconcevable en France.
Je vais donc traverser une nouvelle fois la frontière Thai à Nong Khai, remplir ce formulaire d'entrée pour la neuvième ou dixième fois, prendre un train de 12h pour Bangkok, voir des amis, aller à l'aéroport, check in, dormir, passage de la douane, et le RER B, ça fait longtemps. Il faudra que je fasse attention à certaines habitudes comme d'appeler toutes les femmes de plus de 40 ans 'maman' ; sourire aux gens sans raison particulière ; m'asseoir à une terrasse de café pour me protéger de la pluie sans rien commander ; inviter mes amis au mariage d'une connaissance ; inviter mes amis à l'enterrement d'une connaissance ; considérer qu'une bière à 1€ c'est cher ; demander quel est le groupe ethnique des villages traversés ; demander au chauffeur du bus de s'arrêter 2 minutes pour que je puisse aller acheter une bouteille d'eau ; penser que les femmes qui fument sont des prostituées thaïlandaises ; négocier 1/2 heure le prix d'une paire de chaussures ; passer l'après-midi à faire visiter Paris à un touriste qui m'a simplement demandé son chemin...
Ah oui : j'ai aussi pris le billet retour.