Développement de luxe
Mon amie T. travaille à mi-temps comme professeur d'anglais dans un collège de Savannhakhet. Parfois, elle accompagne des touristes dans les treks de 1 à 5 jours organisés par l'office de tourisme de Savannakhet. Son anglais-australien est très bon et c'est la seule guide-femme que je connaisse qui parte dans des villages de minorités isolés. Elle serait très utile à de nombreux projets de développement qui ont des difficultés à trouver des candidats acceptant de partir longtemps dans des villages isolés et sans confort. C'est elle qui soutient ses frères et sœurs car sa mère est partie vivre au temple et son père n'est plus là. Je suis impressionné par toute l'énergie qu'elle déploie pour aider sa famille.
T. a été acceptée dans un programme luxembourgeois qui se donne pour objectif d'élever les standards de l'hôtellerie-restauration lao à un niveau international et d'aider ainsi au développement du tourisme.
Personnellement, je suis opposé à ce type de programmes veulent "standardiser" et "internationaliser" l'offre touristique au Laos . Pourquoi apprendre aux laos à être rapides, efficaces et stressés ? Leur dire que c'est important de respecter la chaîne du froid dans un pays où c'est impossible. Traditionnellement ici, le service est lent, indolent, parfois maladroit... mais on vous rend quasi-toujours ce petit service, gracieusement et avec le sourire. Et si le système capital... euh socialiste de marché, fonctionne plutôt bien dans le domaine. Non ? Pour ceux qui sont prêts à payer 30$ la nuit d'hôtel et 10$ le repas dans les grandes villes touristiques, les chambres et le repas sont très proches des standards internationaux. Et avec un budget plus serré, il suffit souvent d'aller dans les restaurants fréquentés par les locaux pour éviter les diarrhées. J'ajoute que l'intérêt premier de quelqu'un qui vient visiter le Laos n'est pas d'avoir un lit bien fait ou un steak à point.
La sélection des candidats pour ce projet s'est faite à Vientiane. Une cinquantaine de candidats sont venus de tout le pays et se sont retrouvés en chambre (individuelle pour mon amie) pendant une semaine dans un hôtel à 35-40$ la nuit. Même si les organisateurs ont négociés la chambrée moins cher, ça reste un gaspillage ahurissant. Une chambre à 10$ est suffisamment confortable pour la plupart des laos qui n'ont pas l'habitude de la clim. dans leur chambre et n'ont jamais pris de douche chaude.
T. a passée cette sélection et se retrouve maintenant pour 3 mois à Vientiane à partager avec 3 autres camarades une maison louée par le projet. La maison, éloignée du centre de formation, est louée 400$ par le projet alors qu'ils auraient pu trouver une maison correcte pour 2 fois moins cher. Un ami logisticien pour une ONG parle souvent d'une "taxe ONG" de 20% : quand une ONG ou une agence de développement achète ou loue, les prix sont très souvent gonflés par les fournisseurs locaux qui voient les ONG comme des grosses vaches bien grasses. Vu la gestion financière de ce projet, l'agence de développement doit se prendre une belle majoration.
Le pire c'est qu'aujourd'hui mon amie et ses collègues sont en difficulté financière car ils se voient alloués 5$ par personne et par mois pour les dépenses quotidiennes. Dans l'état actuel, elle n'ira pas visiter sa famille pendant ces 3 mois car le bus est trop cher. Enfin dans 3 mois, ils partent 9 mois aux US pour apprendre à être de bons formateurs. Là encore, une formation en Thaïlande serait bien moins onéreuse même si peut être aussi un peu moins efficace.
Une initiative à ajouter à la catégorie "Projet de 5 500 000 euros conduit par des mauvais" ? Et en première page de leur site : "Lux-Development au rendez-vous de l'efficacité dans la lutte contre la pauvreté", en tout cas sans doute pas sur ce projet au Laos.
Sinon eux ils font un super travail : www.friends-international.org
@Ak -> je te voie sourire quand je distribue les mauvais et bons points.
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14 juin 2010
Ak :