Un Voyage Au Laos au pays du million d'elephants sous un parasol blanc

26oct/080

Une blague lao, un python et la crise financiere

Oncle Dorn, propriétaire d'une grande ferme demande un prêt à la banque 'Nee Took' "Combien voulez vous emprunter" demande le banquier. "500 millions de kips" "D'accord mais vous devez me donner des garanties ! Combien avez vous de vaches dans votre ferme ?" "300" "Ca devrait suffire, votre emprunt est approuvé." Quelques mois plus tard, oncle Dorn retourne à la banque pour rembourser son emprunt "Voici votre argent" dit-il en sortant une liasse de billets d'un gros sac. "Et bien, oncle, laissez moi vous féliciter pour votre réussite en affaires" dit le banquier en observant le sac. "Et pour votre sécurité, je vous propose de déposer vos bénéfices dans notre banque" Fixant intensément le banquier, Oncle Dorn demandât : "Mais vous devez me donner des garanties. Combien de vaches avez vous dans votre banque ?"

Ca fait sourire et réfléchir quand on sait que le ratio placements sur fonds propres de certaines banques peut dépasser 60.

Je ne suis pas quel sera l impact de la crise financière mondiale sur l'économie du Laos. Dans un pays ou plus de 4 habitants sur 5 cultivent le riz et vivent quasiment en autosuffisance, cueillent les pousses de bambous, champignons, légumes dans la forêt et comptent sur le petit gibier, les volailles ou les vieux boeufs pour leurs apports en protéine. Mon amie Sone est revenue d'un village de la région de Kasi. L'expatriée qui l'accompagnait a renoncé à se rendre plusieurs fois dans le village à cause de l'état de la route (les 20 km qui séparent le village de la route principale se parcourent en deux heures lorsqu'il n'a pas trop plu). Pendant son séjour, Sone a servie d'intermédiaire entre de jeunes adolescents de l'ethnie Hmong et des villageois dans la vente d'un python. Les adolescents demandaient 15 000 kips (2$) par kilo.  Prix jugé excessif par les villageois qui savent que les Hmongs ne mangent pas de serpent (pourquoi ?). Le python de 10kg a finalement changé de mains contre 110 000 kips. Il était parait il excellent cuisiné en soupe. J'aimerais manger du serpent mais, je suis plutôt prudent quand j'en vois un ; la vérité, c'est que je n'aime pas ces animaux. Alors que les laos se précipitent sur les serpents pour les tuer et les cuisiner, je préfère m'éloigner de la bête.

L'impact de la crise financière sur le Laos dépendra de ce qui va se passer en Thaïlande d'où la grande majorité des produits de consommation courants sont importés et où l'électricité lao est massivement exportée. A ma connaissance, les seuls biens de consommation que produit l'industrie Lao sont les cigarettes, la bière, le pepsi et le ciment. Il y aura peut être un peu moins de touristes que prévus. Il y a des raisons d'être optimiste pour la suite : l'essence devient bon marché avec la récession mondiale (ou croissance négative comme dirait l'autre), et doit compter comme un facteur important dans les importations laos ; les forêts laos vont être moins exploité si la demande de bois précieux baisse. Les bailleurs de fond vont peut être marquer une pause dans leur arrosage du Laos, mais mise à part en cas de crise alimentaire ou sanitaire grave, la baisse des fonds aura plus d'impact sur les finances de 'Joe the consultant' que sur le bien etre de 'Mou l'agriculteur' (variante locale de 'Joe the plumber').

Jeudi, une amie avait un peu d'argent de côté et souhaitait le placer, avec l'idée de peut être réaliser une petite plus-value. Nous sommes donc naturellement allés au marché ! où elle a acheté un bracelet de 15g d'or (pur à 99%) dans une boutique réputée du Talat sao. C'est un placement commun, avec l'achats de terres. Une économie palpable.

NB : dans le Vientiane Times du samedi 25 octobre, le tarif prohibitif de certains parkings lors de la fete des pirogues (10 000 kips/journee) est tres serieusement impute a... la crise financiere internationale. On peut lire entre les lignes que cette hausse des prix profite en premier lieu aux finances personnelles des policiers (au detriment des pauvres et de l esprit populaire de la fete).

16sept/080

Disabled man gets back on his bike

Lu dans le Vientiane Times du 15 septembre, le quotidien anglophone du Laos. L'article s'étale sur une demi-page sous le titre "Disabled man gets back on his bike". L'article est illustré d'une photo de Mr Boulasy, souriant sur sa Honda Wave 100 avec juste en dessous un gros plan de l'accélérateur transféré à gauche de la fourche. Ci-dessous, une traduction de l'article (à la volée) en restant fidèle au style.

Un homme du village Sivilay, district de Xaythani, Vientiane, a perdu l'usage de son bras droit dans un accident de moto l'année dernière et pensait qu'il ne serait plus jamais capable de conduire à nouveau. En sortant de l'hôpital, il avait encore ses deux bras mais le bras droit était paralysé. Alors qu'il était à l'hôpital, les médecins lui proposaient d'amputer le bras, mais il a toujours refusé. L'homme, Mr Bounlasy Khenthavong, se demandait s'il pourrait conduire une moto à nouveau. Quand ses amis lui demandaient : "Pourras tu conduire à nouveau ?", il ne répondait pas, mais il n'y croyait pas et acceptait de ne plus en être capable. "J'espère qu'un jour je pourrais conduire ma moto, même avec un seul bras" pensait-il. Il demanda à ses amis Mr Keo et Mr Phoutong s'ils pensaient que tout était possible avec de la persévérance et beaucoup de travail. "Impossible, impossible !" disait gentiment son ami Mr Keo. "Et pourquoi pas ?" s'interrogeait Mr Bounlasy. Mr Keo faisait remarquer que toutes les motos ont l'accélérateur sur le côté droit et qu'il est impossible de conduire sans l'usage du bras droit. "C'est tout simplement impossible" disait-il.

Ses deux amis partis, Mr Bounlasy observa sa mobylette et pressa l'accélérateur. "Ca ne m'empêchera pas d'arpenter à nouveau la route" se disait-il. "Je peux déplacer l'accélérateur sur le côté gauche". Mr Keo l'avertit que s'il procédait ainsi, comme il est à l'encontre des règles d'avoir un accélérateur sur le côté gauche, la police le verbaliserait. Mais Mr Bounlasy répondait qu'il pensait que la police prendrait en compte son handicap et ne le verbaliserait pas. Deux jours plus tard, il amena sa moto chez un garagiste pour changer l'accélérateur de place. "J'étais la première personne à avoir cette idée" disait-il. "A ma connaissance, je suis le seul au Laos à conduire une moto avec l'accélérateur à gauche". Il s'entraîna à conduire et à contrôler l'accélérateur avec sa main gauche à la place de la droite. Il passa une semaine à apprendre sur les routes près de chez lui. Un jour, il heurta un chien et eut un accident ; tombant sur la tête et souffrant de sévères saignements car il ne portait pas de casque. Il a prit une leçon. "Maintenant, en conduisant, je porte toujours des vêtements de protection. Je porte un pantalon et des manches longues ; un casque et des gants. Ce ne sont pas des gants de moto mais ils m'aident à garder le contact. Je ne peux pas faire de cross et je dois être très prudent mais je peux conduire"(...) Mr Bounlasy est heureux d'avoir démenti ses amis et est maintenant de retour sur les routes.

Çà me fait penser à la scène de "Sacré Graal !" des Monthy Pythons où le chevalier noir continue à vouloir se battre contre le roi Arthur après la perte successive de ses bras et de ses jambes.'

21juil/080

Nord du Lao

Houei Xai : il pleut ; le café Lao est remplacé par du Nescafé importé de Thaïlande. Des groupes de voyageurs se rendent à l'embarcadère pour rejoindre Luang Prabang en descendant le Mékong. En compagnie d'un couple de Barcelonais ; la femme s'attendait à trouver des toilettes sur la route. Après 4 heures de route elle se résigne à aller dans un bosquet.

Luang Namtha : mauvaise carte ; mauvaise piste ; mauvais vélo ; repas de riz gluant et d'eau chaude dans un poste militaire. Les forêts sont dévastées par la culture sur bruli et les coupes de bois. Les jeunes des villages sont très timides. La rivière Nam Tha semble trop turbulente pour être descendue en bateau. Rencontre avec une lao qui étudie le droit en français à Hanoi. Outre le dialecte de son village, elle parle lao, français, anglais et commence à se débrouiller en Vietnamien. Personne ne veut partager les frais d'un trek de 7 jours et les petits treks dans des villages visités toutes les semaines ne m'intéressent pas.

Oudomxai : une jeune vendeuse se sert de son cahier de mathématiques pour envelopper des bananes grillées. La ville abrite un grand marché chinois. J'organise un déplacement à vélo depuis OudomXai pour Muang Khua. Le lao qui m'accompagne a une fille dans chaque district. Il sait où habitent les laos les plus jolies et s'arrange pour que l'on s'arrête à leurs boutiques. Le contraste entre les villages traversés est saisissant ; j'aimerai mieux comprendre les différences. Succession de villages avec des petites cabanes pour les esprits, des petits greniers à riz et les habitations. Arrêt dans une de ces cabanes plantée dans un champ à flanc de montagne. Une vieille femme défriche et décline les invitations à partager notre repas ; elle attend son mari parti chasser.

Sin Xai : Nous apprenons l'existence d'un village Akkha au sommet d'une colline proche. L'ascension est assez difficile sur l'escalier en glaise mais il n'y a pas de sangsues. Les enfants fuient à notre approche puis se cachent pour nous observer. Le contact s'établit difficilement. Les terres doivent être fertile car certaines familles ont des meubles dans leurs maisons. L'ascension de la colline avec une armoire a du demander des efforts considérables. Nous sommes malades avec mes guides laos ; probablement à cause du dîner. Des villageois Akkha et Thaï Dam viennent s'approvisionner en viande au marché ; les femmes portent leurs tenues traditionnelles, marchent deux mètres derrière leurs maris. Les rats séchés sont étonnament chers. J'achète une coiffe traditionnelle Thaï Dam à une vieille femme. La confection lui a demandé un mois de travail et je ne négocie pas quand elle m'en demande l'équivalent de 13 dollars.

Muang Khua : Attente d'un bateau pour Nong Khiaw. Le vieux marché Lao a brûlé ; les chinois sont sont soupçonnés. Lectures et discussions en buvant des milks shakes à la banane. Sur l'embarcadère, la foule s'agglutine autour d'un paysan venu en barque vendre la viande d'un de ses buffles. Les morceaux, étalés sur une bâche, passent de main en main. Attente de passagers pour affréter un bateau. La descente de la Nam Ou offre des paysages magnifiques.

Nong Khiaw : Des touristes venus de Luang Prabang.

Luang Prabang : Tourisme de masse. Les falangs restent entre eux. Je retrouve une connaissance de Vientiane et nous visitons des temples époustouflants. Direction Thaxoang en bateau.

Thaxoang : Nous attendons que le chauffeur trouve une batterie pour son truck. Direction Hongsa (25 km - 3 heures) Truck embourbé. Un 4*4 nous sort finalement de là juste avant la tombée de la nuit.

Hongsa : Pluie. Direction Xayabouli (95km - 9 heures). Notre 4*4 est embourbé. Le chauffeur s'acharne jusqu'à creuser un trou d'un mètre. Tentatives infructueuses de tractage par un autre 4 roues motrices. Seul un engin de chantier parvient à nous sortir de là juste avant que le câble ne lâche. Nous prenons en auto-stop des ouvriers qui s'arrêtent voir les prostituées.

Xayabouly : Pluie. Je retrouve des amis de Vientiane. Un office de tourisme dans la ville ; je suis le premier touriste qu'ils voient depuis 2 mois. Ils sont 11 à 'travailler' ici depuis 3 ans. Ils m'offrent du café et me proposent de m'amener dans les villages lorsque je leur fait part de mon intérêt pour les minorités ethniques. Un marché plein d'animaux sauvages encore vivants. Ce soir c'est le début de la retraite bouddhiste de 3 mois et les maisons des bouddhistes sont entourées de bougies. Pas de possibilité de louer une moto ; je remercie les jeunes qui me sortent en offrant des tournées de bière. Direction Pak Lai (150km - 7heures).

Pak Lai : Une vieille femme adorable qui se fait appeler 'Madame' m'héberge dans sa maison au bord du Mékong. Nous allons au temple offrir des sodas aux moines et novices puis 'Madame' m'offre du riz gluant et une sauce de piments pour le voyage en bateau. Direction Vientiane (200km? - 8 heures). Avec les laos, nous partageons une antipathie pour ces chinois braillards qui se précipitent dans le bateau. Plus tard, je prend un peu d'espace en me réfugiant sur le toit. Le contraste est saisissant entre les rives thaïs et laos.

24juin/080

Lao de conduite

Dans un intervalle de 10-15 ans, le laotien de Vientiane est passé du vélo au Toyota Vigo ou à la mobylette. Un vélocyclopédiste sur deux doit être un expat ou un touriste et on distingue aisément les repères d'expats à la proportion de vélos cadenassés à l'entrée. La plupart des autres cyclistes sont des marchands ambulants Vietnamiens proposant des briquets clignotants, le couteau de Rambo ou une manucure. Ma "conscience écologique" (i.e. je consomme(ais) autant que 10 ou 15 africains mais attend la solution au réchauffement climatique du protocole de Kyoto) n'a pas résisté à 40 km cumulés de vélo sous le soleil la journée ou avec les chiens à mes trousses la nuit. Du coup, je me suis offert un scooter Kolao, modèle RIO NF (pas vraiment aux normes francaises) rouge (c'est connu, ca va plus vite) et dont le compteur de vitesse peut afficher un fantaisiste 160km/heure (elle commence à trembler à partir de 60).

Sur la route, il faut vraiment s'attendre à tout : pas de règles de priorités, arrêts intempestifs, dépassements sans distance de sécurité... Pour traverser la rue, il est d'usage de commencer à rouler en sens contraire avant de rejoindre la bonne file quand l'opportunité se présente. La seule règle en usage : 'Si tu peux passer, vas y !'. Au début je m'énervais un peu de voir des types risquer ma vie pour aller acheter une salade de papaye ; aujourd'hui je prend les queues de poisson avec détachement. L'usage du casque est généralisé en ville: les policiers, postés aux principaux carrefours, arrêtent et verbalisent (traduction : demandent un bakchich) tous ceux qui roulent sans casques. Par contre, personne ne le met pour les trajets où l'on ne risque pas de passer devant la police. Les feux de signalisation sont respectés dès lors qu'un policier surveille ; la nuit, lorsque les policiers dorment, les interdictions sont beaucoup plus théoriques.

Quotidiennement des accidents... Souvent une moto contre une voiture. Les collisions les plus graves sont signalées par les claquettes sur la route égarées par des motards malchanceux. Personne ne les enlève et elles restent là quelques jours, comme une piqûre de rappel.

Il y a aussi l'alcool. Histoire entendue d'une lao : 'Un garçon et une fille qui vont se marier ont beaucoup bu et partent en moto à deux pour rejoindre des amis. Le garçon à l'arrière, saoul, tombe de la moto au milieu de la route. La fille est tellement ivre qu'elle ne s'en aperçoit qu'arrivé à destination. Elle rebrousse alors chemin pour trouver son copain qui a eu la chance de ne pas se faire rouler dessus. Il meurt à l'hôpital (dixit). C'était juste à côté de chez moi et depuis j'évite de prendre cette route le soir car beaucoup de gens sont morts ici et j'ai peur des fantômes.'

En dehors de la capitale, on voit surtout des motos (essentiellement des 100CC de facture chinoise), des 4*4, des tracteurs, touks touks de dimensions variables, d'énormes camions partant échanger le bois lao contre des téléphones portables. Le spectre des vitesses est large : de 15 à 80 km/h. En rentrant d'un temple à la campagne avec des moines, je leur ai appris que l'on pouvait être verbalisé en France si on roulait en deçà d'une vitesse minimale sur les grands axes. Ils ont beaucoup rigolé. A la campagne, le principal danger vient des vaches, moutons et buffles que l'absence de clôtures rend libres de traverser la route quand ils le décident. C'est particulièrement dangereux de nuit car en dehors des grandes villes, l'éclairage est inexistant. Sur un trajet de campagne, ces mêmes moines trouvaient très amusants de me raconter qu'en cas d'accident, ma mort ferait les gros titres des journaux et que l'ambassade de France enverrait un hélicoptère chercher mon corps. Une heure plus tard, j'ai des sueurs froides et essaie de construire en lao une demande polie pour demander au chauffeur de lever le pied. A cet instant précis, les phares éclairent une vache, sortie de nulle part, à 3 secondes de notre van, il s'en est fallu de très peu. Comme dit l'autre : 'Ils s'en foutent, ils croient en la réincarnation'

Ca peut sembler paradoxal mais les routes sont relativement sûres dès que l'on a conscience de l'absence de règles, qu'on évite de dépasser le gramme d'alcool et de freiner par temps de pluie (de conduire sous la pluie !?). En France on attend des gens qu'ils respectent le code de la route, on se repose sur les règles à la merci du premier distrait ou excité du volant.

13juin/080

Sabaidee Luang Prabang

Attention spoiler !!!! Ce post dévoile pas mal du film 'Sabaidee Luang Prabang', à lire en connaissance de cause !

Hier, nous sommes partis voir un film avec 3 amis laos. C'est la première fois qu'ils allaient au cinéma et ils n'ont pas bien compris pourquoi je leur demandai d'éteindre leurs portables. Surtout que juste derrière nous certains répondaient au téléphone pendant le film (Allô !!! je regarde un film au ITEC...). Peu de laos vont au cinéma : il doit y avoir moins d'une dizaine de salles dans le pays, c'est cher (près de 2$) et il n'est pas possible d'arrêter le film pour manger une salade de papaye (argument imparable ^_^). Après nous être levés pour l'hymne nationale et avoir subi les réclames de Beer Lao (la fierté du Laos dixit la pub) et d'une marque de lessive qui rend comme neufs les maillots de foot, le film a enfin commencé.

C'est l'histoire d'un garçon (Sorn), photographe à Bkk, dont le père est lao et la mère australienne, à la découverte du pays de son père (i.e. le Laos), guidé par Noy, une lao éduquée de Luang Prabang. Dans une des premières scènes, la charmante guide est abordée dans la rue par un couple d'étrangers : l'homme, assez éméché, veut faire une photo avec elle et enroule sans gêne sa main autour de l'épaule de Noy. C'est très impoli au Laos où les contacts physiques dans un espace public entre un garçon et une fille sont tabous. Noy se défend vigoureusement (you can not do this!) et part fâchée. Seul falang dans la salle, j'ai un peu honte. Un peu plus tard vient la rencontre avec le photographe : au détour d'une rue, il lui offre son parapluie alors qu'elle grelotte, trempée par une averse : il est gentil ! Noy, lao au caractère lisse va être le guide de Sorn dans sa découverte du Laos. Même s'il vit en Thaïlande, Sorn est culturellement décalé : il dit merci tout le temps et multiplie les salamalecs ; ne sait pas manger et manque s'étouffer avec les plats pimentés ; n'a pas de tact pour remercier les paysans qui l'hébergent ; n'est pas habitué à se laver à l'eau froide ; est un peu perdu dans une fête religieuse en son honneur ; élève la voix lorsqu'il est fâché... Il y a des scènes rigolotes comme lorsque Sorn explique patiemment à un enfant d'un village 'primitif' comment prendre une photo et la développer en amenant la carte mémoire dans un magasin. Le petit hausse les épaules, sort un Polaroïd, prend une photo de Sorn, secoue le cliché et lui offre.

Le film est de qualité et la photo réussie. Le film n'est pas sous titré et les dialogues m'ont souvent échappés. On peut regretter que l'histoire d'amour soit si classique et suive sans surprise le schéma de tant de chansons mielleuses thaïs (un garçon gentil + une fille 'comme il faut', ils se regardent, se sourient, puis la fille découvre que le garçon a déjà une copine et la fille est pleine de tristesse -i.e. elle ne sourit plus et regarde ses pieds-...), mais le public sera essentiellement thaï et le réalisateur, a aussi pensé à la rentabilité de 'Sabaidee Luang Prabang'. Premier film lao (en réalité une coproduction lao-thaï ) depuis une vingtaine d'années, (ou 33 ou 35 ans selon les sources) c'est vraiment un bon moment, plein de fraîcheur. Quelques petites incohérences relevées : une seule averse pendant le film (c'est la saison des pluies ou pas ?) ; Noy mange de parfaites sphères de riz gluant sans les accompagner de sauce ou de légumes ; à l'entrée du Vat, il n'y a pas de chaussures... L'essentiel des figurants de 'Sabaidee Luang Prabang' doit être formé de paysans ou de marchands mais le naturel naturel lao prend le dessus sur la caméra et leurs performances sont très honorables. La scène finale montre les deux protagonistes un an plus tard qui marchent séparément, le visage plein d'un large sourire, dans les rues de Luang Prabang. Mes amis laos ont eu des avis partagés sur le film, mais ils regrettent tous la fin du film, pas assez explicite à leur goût car elle peut laisser un doute sur le fait que Noy et Sorn se sont finalement retrouvés.

6juin/080

Cinéphile sans cinema

La recherche d'un bon DVD dans les marchés de Vientiane me plonge dans un profond désespoir. Le film français le plus vendu est Taxi 4 !!!

La médiathèque du centre de langue française propose quelques très bon films : Le troisième homme, deux oeuvres majeures de Bergman (Scènes de la vie conjugale, Saraband), Gouttes d'eau sur pierre brûlante d'Ozon... Mais ces derniers sont rayés et l'image se fige immanquablement à un moment... de préférence dans une scène forte.

On peut donner une définition correcte dans 94,7% des cas en indiquant que la différence entre un bon film et un mauvais repose sur le poids des scènes finales dans le souvenir qu'on garde du film. Dans un bon film, la fin ne doit pas surprendre : les rebondissements finaux sont souvent des artifices qui essaient de faire oublier un mauvais scénario. Ok, le dénouement du film Brazil est exceptionnel. La trilogie Ocean'11 ; 12 ; (pas eu le courage de voir le 13) est l'illustration parfaite de cette théorie. Bon, ça reste la theorie d'un type qui regarde avec plaisir 'Brice de Nice'.

Pour en revenir au Laos, le seul cinéma de Vientiane propose des films thaïlandais en vo non sous titrés à des horaires aléatoires ; principalement des films d'horreur. L'arrivée de la télévision et du lecteur de DVD a tué les cinémas. Sur les marchés se vendent quelques DVD souvent sans grand intérêt cinématographique comme 'The Kingdom' : l'histoire d'agents du FBI partis enquêter sur un attentat contre (horreur suprême !) des américains en Arabie Saoudite. La morale c'est que les arabes sont souvent des terroristes mais (le public doit il être surpris ?), il y a quand même, sous leurs airs un peu bourrus, de gentils arabes. C'est à ces films moyens que l'on peut voir dans quelle impasse est l'Amérique avec l'incurie de l'administration Cheney à gérer le 11 sept ; la morale du film : Hollywood prépare l'américain à une longue guerre qui se soldera par une inévitable période d'isolationnisme. En lisant l'article de Newsweek 'An underwater threat' sur les nouvelles capacités militaires chinoises de leadership militaire en Asie, on comprend que les US ne sont pas encore prêt à accepter un monde multipolaire. Au Laos, on continue de ramasser les bombes à sous munitions 'made in US' pendant que les colons chinois commencent à s'installer ; les chinois vont réussir économiquement là où les américains ont échoués militairement. J'ai lu qu'un film narrant la survie d'un soldat américain dans la forêt lao est en tournage. Que faut il en attendre ? Une anecdote entendue hier d'un lao dont l'oncle, pilote supplétif de l'armée américaine, était payé pour décoller de Thaïlande et aller bombarder le nord Viêt-nam pendant la deuxième guerre d'Indochine. Ce dernier, comme beaucoup de pilotes de l'époque, préférait éviter les zones aériennes dangereuses du Viêt-nam et larguer sa cargaison au hasard sur le Laos. Même salaire pour le pilote, un triste record pour le Laos de pays le plus bombardé par habitant de l'histoire et l'impossibilité d'identifier précisément les zones bombardées. Les démineurs travaillent aujourd'hui avec des bases de données qui recensent 20 à 30% de l'ensemble des bombardements US sur le Laos. Bombardements qui n'ont jamais eu de reconnaissance officielle : la guerre au Laos n'a pas eu lieu ! Même pas vrai !

Plus léger, j'ai vu '50 first dates' avec Adam Sandler dans le rôle principal. C'est assez rigolo de voir ce type déterminé tenter de séduire chaque jour l'amnésique incarnée par Drew Barrymore qui, après un accident de voiture, voit sa mémoire de la journée s'effacer pendant la nuit. Ca sonne plutôt juste.

Les jaquettes des DVD piratés (vendus un peu plus d'1$) sont reproduites scrupuleusement, mentions de copyright comprises ; parfois la vidéo est capturé via un camescope minable dans une salle de cinéma. Souvent filmés de travers.

La conclusion de ce post coup-de-gueule : 'Fermons les usines de bombes, ouvrons des cinémas, mangeons des pommes'

2juin/080

Parler Lao

J'ai commencé à étudier sérieusement le laotien en suivant un cours bihebdomadaire au centre de langue française de Vientiane. Les 2 séances de 2h15 sont consacrées à l'apprentissage des bases de la langue ; le professeur s'attache à enseigner à notre petit groupe un laotien pratique et passe-partout.

Le lao est une langue structurellement simple et les bases sont relativement rapides à assimiler. Le vocabulaire est limité car la langue est agglutinante : hôpital se traduit par 'hong mo', litt. 'bâtiment docteur', hôtel se dit 'hong hem' litt. 'bâtiment dormir'... La grammaire est très simple, un mot suffit pour indiquer le temps (day pour le passé, tja ou si pour le futur), il n'y a pas de genre ou de conjugaison et pas de règles tordues comme l'accord du participe passé dont la genèse reste un mystère pour le commun des francophones.

La vraie difficulté du lao réside dans la prononciation. Les phrases doivent être prononcées sans l'accentuation finale que nous utilisons inconsciemment et qui permet de faire la différence entre On mange ?, On mange ! et On mange. Il y a théoriquement 6 tons (bas, moyen, haut, montant, haut descendant, bas descendant) qui donnent des sens différents à la même syllabe. Par exemple 'pa' signifie tante, poisson ou forêt suivant le ton utilisé. Heureusement le contexte permet à une oreille peu exercée de faire la différence : on mange rarement sa tante ou la forêt et plus souvent du poisson.

Certaines différences sont plus insidieuses comme une marque du futur (si) qui prononcée avec un ton différent signifie 'baiser'. A Savan, je ne comprenais pas pourquoi les laotiens me conseillaient d'utiliser l'autre marque du futur 'tja' et c'est à Vientiane qu'on m'a expliqué la différence. Autre exemple, la proximité entre 'être fatigué' et 'poils pubiens' est à l'origine de nombreuses blagues.

Les légumes amenés par les 'colonisateurs français' sont identifiables à leurs noms : carotte se dit calot (pas de r en lao) et asperge se dit 'no mai falang' litt. pousse de bambou française ^_^

Plus encore qu'avec d'autres langues proches de notre langue maternelle, la tentation de traduire des phrases mot par mot doit être évitée : le laotien semble dépouillé de tout superflu ; les pronoms personnels peuvent être implicites ; la connotation des adjectifs est souvent positive et pour dire méchant, on préfère 'bo di' litt. 'pas bien' car la norme ici c'est d'être bien. Certaines expressions sont très fraîches : aller se promener se traduit par 'pai lin' ou 'pai lin su su' litt. 'aller jouer' resp. 'aller jouer simple simple' ; si je suis rassasié, je dis 'im léo' litt. 'plein déjà', et c'est la même expression lorsque le réservoir de la moto est remplie. Les traditionnels 'au revoir' que nous répétons sans cesse, vidés de leurs substances, sont ici évités : la plupart du temps, on part simplement ou après avoir dit 'pai kon' litt. 'partir avant', je m'en vais. La manière de s'adresser à quelqu'un est très différente suivant les positions sociales respectives des interlocuteurs. Une amie thaïlandaise, peu habitué des temples a commis une bourde en disant 'oui' aux moines par 'tjao' et non 'doy' comme il est d'usage. Le respectueux 'doy' est utilisé lorsque l'on s'adresse à son patron ou à un moine mais il revient à la mode, surtout auprès des amoureux qui trouvent mignons de l'utiliser entre eux. Il est aussi utilisé par les laotiens de la diaspora qui parlent le laotien 'd'en haut' d'il y a 30 ans.

Le plus impressionnant en apprenant le lao c'est de réaliser l'effort colossal que doit demander l'apprentissage du français pour un laotien... et certains parlent vraiment très bien français. Apprendre une langue aussi différente et subtile n'exige pas seulement d'assimiler un vocabulaire sans racine commune avec sa langue maternelle mais aussi d'adapter sa manière de penser. En comparaison l'apprentissage de l'anglais par un français est vraiment facile.

21mai/080

Perception du temps

La journée des novices et moines du temple de SU NAN THA est rythmée par le gong qui retentit quatre fois par jour. La tour d’observation où se trouve le tambour est aussi un endroit où certains vont fumer quelques cigarettes le long de la journée. Le premier Gong autour de 5h annonce la prière du matin qui a lieu dans le sin, bâtiment central réservé aux cérémonies. Théoriquement tout le monde y participe, mais comme avec toutes les règles du temple, les exceptions sont fréquentes et communément tolérées. Ainsi un moine, revenant la veille d’un voyage en Thaïlande, préfère prolonger sa nuit de sommeil plutôt que d’assister à l’office. Sous la direction d’un moine désigné à tour de rôle, les paroles sacrées sont répétées en pali par une assemblée encore somnolente. Parfois, le maître de cérémonie s’arrête pour repousser un insecte, changer de position ou encore s’éclaircir la voix. Puis, parfois, quelques travaux de jardinage ou de nettoyage effectués à un rythme tranquille. Vers 6h, habillés d’une robe recouvrant l’épaule gauche, nous sortons, pieds nus, munis de notre bol à aumône et marchons en silence dans une lente procession. Le groupe d’une trentaine de moines et novices se partage quatre itinéraires dans le quartier du temple. Les femmes agenouillées sur une serviette ou les genoux sur leurs sandales nous attendent avec un panier de riz gluant tandis que les hommes restent debout et portent une écharpe traditionnelle. A chaque arrêt nous ouvrons notre bol et recevons riz gluant, fruits, billets de banque, œufs, sucreries, sandwichs… De retour au temple, nous séparons la bouillie d’offrandes : les sucreries sont généralement données aux enfants qui viennent parfois dans le monastère ; le riz gluant est soigneusement décollé des billets ; les fruits sont mis de côté pour la fin du repas. Nous pouvons enfin prendre le premier repas de la journée. Nous mangeons en petits groupes. Parfois le néhn (novice) Sitipone va acheter deux soupes de poulet à 2000 Kips que nous partageons autour de la table d’osier. Avec Sitipone, nous mangeons sur nos genoux ou les jambes de côté alors que les moines ont la possibilité de s’asseoir en tailleur. Le même repas à 11h30, la même prière à 17h. Les mêmes heures qui s’écoulent, à peines distraites par les 4 ou 5 « douches » de la journée. Il règne une chaleur accablante à Savannakhet entre mars et mai ; au temple, les toitures en tôle et l’absence de vent transforment les cabanes en de véritables saunas à partir de 8-9 heures et ce jusqu’au coucher du soleil. Pour protéger les crânes rasés, il faut s’équiper de parapluies ou recouvrir la tête d’une serviette lors de chaque déplacement au soleil. La chaleur, le jeûne à partir de 12h, l’absence d’activités dilatent les heures et l’absence de montre ou horloge rend les journées impalpables.

14mai/080

Devenir novice

  1. Prendre des feuilles de palmier, les enrouler en 3 ou 4 petits cornets –un pour chaque moine qui va participer à la cérémonie ; dans chacun placer 2 bougies, un peu d’argent -20 000 Kips suffisent i.e. 2.5$- et garnir avec quelques fleurs.
  2. Retirer sa chemise pour la tonte des cheveux et des sourcils.
  3. Monter un grand respect au moine qui vient vous ordonner en saluant avec les mains jointes au niveau du front. Répéter les formules en pali, langue originelle du bouddhisme, annonçant l’intention de devenir novice et de suivre les règles tout en renonçant à la vie laïque. Les 5 règles spécifiques au novice sont : ne pas avoir de contact physique avec une femme ; s’abstenir de toute nourriture à partir de 12h ; ne pas danser ; ne pas se parfumer ; ne pas recevoir d’argent d’une femme de la main à la main.
  4. Pendant la cérémonie, se prosterner 3 fois quand on vous le demande.
  5. Troquer sa montre Casio G-Shock, son pantalon, son boxer pour une robe et un gilet orange.
  6. Recevoir du savon, du dentifrice, un bol à aumône, une serviette (orange !).

Ca y est vous êtes novice.

Avec un peu de chance, à votre grande surprise, votre point d’entrée dans le temple, le moine qui parle le mieux anglais, vous annonce après la cérémonie qu’il part le jour même à Salt Lake City (US). Il vous laisse un lexique anglais lao de 5 mots :

  1. Water = NAM
  2. M.PHONE = M.PHONE compagnie de téléphone
  3. COFF = GAFAE
  4. HOT = HONT
  5. COOL = YENÒ
5mai/080

BAN TOUAT NEUA

Elle a 4 nuits et 3 jours. Elle est née à BAN TOUAT NEUA. En début de saison des pluies, nous accédons à son village depuis Savannakhet en moto. Le chemin que nous prenons ne peut être emprunté qu'en tracteur ou deux-roues. La poussive 125 chinoise d'une amie résiste miraculeusement aux routes rocailleuses et au passage de la rivière.

Dans ce village, un enfant s'est blessé à l'aine. Son père est inquiet car la blessure est profonde jusqu'à l'os, il cherche en vain un docteur près du dispensaire du village. Le petit est courageusement cramponné à l'arrière de la moto de son père. Arrive enfin un médecin d'un pas nonchalent : il a faim et veut manger une soupe de nouilles. Il commande la plus grande soupe : celle à 5 000 kips (0,6$). L'enfant doit bien pouvoir patienter et est laissé à une infirmière en attendant que le médecin termine son déjeuner.

Alors, petite fille de 4 nuits, quand, quelques minutes après cet événement, ta grand-mère nous a demandé de nouer des bracelets autour de tes mains pour te souhaiter la bienvenue ; quand elle m'a demandé de te choisir un prénom, moi qui m'étonnais de te savoir sans nom ; quand elle nous a fait savoir qu'elle aimerait que je sois comme ton grand frère......"Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m'avait fait déserter." H.M.

Sok di deu Lanoï.

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