Développement de luxe

Mon amie T. travaille à mi-temps comme professeur d’anglais dans un collège de Savannhakhet. Parfois, elle accompagne des touristes dans les treks de 1 à 5 jours organisés par l’office de tourisme de Savannakhet. Son anglais-australien est très bon et c’est la seule guide-femme que je connaisse qui parte dans des villages de minorités isolés. Elle serait très utile à de nombreux projets de développement qui ont des difficultés à trouver des candidats acceptant de partir longtemps dans des villages isolés et sans confort. C’est elle qui soutient ses frères et sœurs car sa mère est partie vivre au temple et son père n’est plus là. Je suis impressionné par toute l’énergie qu’elle déploie pour aider sa famille.

T. a été acceptée dans un programme luxembourgeois qui se donne pour objectif d’élever les standards de l’hôtellerie-restauration lao à un niveau international et d’aider ainsi au développement du tourisme.

Personnellement, je suis opposé à ce type de programmes veulent « standardiser » et « internationaliser » l’offre touristique au Laos . Pourquoi apprendre aux laos à être rapides, efficaces et stressés ? Leur dire que c’est important de respecter la chaîne du froid dans un pays où c’est impossible. Traditionnellement ici, le service est lent, indolent, parfois maladroit… mais on vous rend quasi-toujours ce petit service, gracieusement et avec le sourire. Et si le système capital… euh socialiste de marché, fonctionne plutôt bien dans le domaine. Non ? Pour ceux qui sont prêts à payer 30$ la nuit d’hôtel et 10$ le repas dans les grandes villes touristiques, les chambres et le repas sont très proches des standards internationaux. Et avec un budget plus serré, il suffit souvent d’aller dans les restaurants fréquentés par les locaux pour éviter les diarrhées. J’ajoute que l’intérêt premier de quelqu’un qui vient visiter le Laos n’est pas d’avoir un lit bien fait ou un steak à point.

La sélection des candidats pour ce projet s’est faite à Vientiane. Une cinquantaine de candidats sont venus de tout le pays et se sont retrouvés en chambre (individuelle pour mon amie) pendant une semaine dans un hôtel à 35-40$ la nuit. Même si les organisateurs ont négociés la chambrée moins cher, ça reste un gaspillage ahurissant. Une chambre à 10$ est suffisamment confortable pour la plupart des laos qui n’ont pas l’habitude de la clim. dans leur chambre et n’ont jamais pris de douche chaude.

T. a passée cette sélection et se retrouve maintenant pour 3 mois à Vientiane à partager avec 3 autres camarades une maison louée par le projet. La maison, éloignée du centre de formation, est louée 400$ par le projet alors qu’ils auraient pu trouver une maison correcte pour 2 fois moins cher. Un ami logisticien pour une ONG parle souvent d’une « taxe ONG » de 20% : quand une ONG ou une agence de développement achète ou loue, les prix sont très souvent gonflés par les fournisseurs locaux qui voient les ONG comme des grosses vaches bien grasses. Vu la gestion financière de ce projet, l’agence de développement doit se prendre une belle majoration.

Le pire c’est qu’aujourd’hui mon amie et ses collègues sont en difficulté financière car ils se voient alloués 5$ par personne et par mois pour les dépenses quotidiennes. Dans l’état actuel, elle n’ira pas visiter sa famille pendant ces 3 mois car le bus est trop cher. Enfin dans 3 mois, ils partent 9 mois aux US pour apprendre à être de bons formateurs. Là encore, une formation en Thaïlande serait bien moins onéreuse même si peut être aussi un peu moins efficace.

Une initiative à ajouter à la catégorie « Projet de 5 500 000 euros conduit par des mauvais » ? Et en première page de leur site : « Lux-Development au rendez-vous de l’efficacité dans la lutte contre la pauvreté », en tout cas sans doute pas sur ce projet au Laos.

Sinon eux ils font un super travail : www.friends-international.org

@Ak -> je te voie sourire quand je distribue les mauvais et bons points.

Avoir du chien

Un ami en vacances au Laos voulait goûter les spécialités locales et en particulier essayer la viande de chien. Rendez-vous pris en début d’après-midi, nous nous dirigeons vers un quartier Vietnamien de Vientiane pour trouver un restaurant de grillades de chien.

Je repère un boui-boui Vietnamien à sa tenancière (pantalon à carreaux rouge et beige, regard dénué de la moindre émotion) ainsi qu’au portrait de l’oncle Ho accroché au fond de la salle. Dès que je lui adresse la parole, sans même chercher à me comprendre, elle appelle un cousin/voisin, (Vietnamien lui aussi car reconnaissable a sa barbichette). Il s’empresse de nous ordonner de nous assoir avant de me regarder parler puis gesticuler puis, désespéré devant son manque de réaction, mimer le meilleur ennemi du facteur. Finalement, le restaurant est assez sale, la viande est conservée dans un sac plastique dans une cantine exposée au soleil et il n’y a pas de barbecue (la viande sera bouillie). Il est déjà tard et pas convaincu par l’endroit, on décide d’attendre le dîner pour trouver un restaurant canin.

Le soir, nous trouvons un restaurant connu pour sa spécialité où les propriétaires sont laos et les clients parlent laos. On m’a rapporté que le chien est de plus en plus populaire au Laos car les laos partis étudier au Vietnam reviennent avec un goût prononcé pour le toutou grillé. Comme les restaurants de ce type ne servent que du chien, nous allons acheter une soupe de poulet pour une amie qui nous accompagne et qui ne veux pas tenter l’expérience.

Finalement les grillades sont excellentes : un goût proche de l’agneau, un peu plus relevé. Les prix sont raisonnables, l’assiette est un peu moins cher que celle de canard ; la viande est servie avec de la coriandre, de la salade et une sauce à base de poisson fermenté. On s’est régalé. Les 3 chiens du restaurant ont finis les restes.

Le lendemain, je raconte ma découverte culinaire à une lao qui ne comprend pas trop mon enthousiasme (extrait de la conversation) Elle : Vous avez des chiens en France ? Moi : Oui, il y en a beaucoup Elle : Est ce qu’il y a des restaurants où l’on peut manger du chien ? Moi : Non, il n’y en a pas. Elle : Pourquoi ? Moi : … En France, il y a des personnes qui aiment les chiens et qui sont en colère si on les mange.

Là elle n’a rien répondu et, en y repensant, elle n’a pas du saisir le sens de ma réponse, c’est difficile de comprendre l’intolérance de certains « amis des bêtes ». A Paris, un restaurant proposant du chien serait incendié en moins d’une semaine. Par contre, il doit bien exister des restaurants où les clients sont des chiens…

Brésil central – Sud Laos

Extrait de « Tristes tropiques » de Claude Lévi-Strauss :

Une expédition ethnographique dans le Brésil central se prépare au carrefour Réaumur-Sébastopol. On y trouve réuni les grossistes en articles de couture et de mode ; c’est là qu’on peut espérer découvrir les produits propres à satisfaire le goût difficile des Indiens. Un an après la visite aux Bororo, toutes les conditions pour faire de moi un ethnographe avaient été remplies(…). Il fallait d’abord m’équiper ; trois mois d’intimité avec les indigènes m’avaient renseignés sur leurs exigences, étonnamment semblables d’un bout à l’autre du continent sud-américain. Dans un quartier de Paris qui m’était resté aussi inconnu que l’Amazone, je me livrais donc à d’étranges exercices sous l’oeil d’importateur tchécoslovaques. Ignorant tout de leurs commerce, je manquais de termes techniques pour préciser mes besoins. Je pouvais seulement appliquer les critères indigènes. Je m’employais à sélectionner les plus petites parmi les perles à broder dites « rocailles » dont les lourds écheveaux remplissaient les casiers. J’essayais de les croquer pour contrôler leur résistance; je les suçais afin de vérifier si elles étaient colorées dans la masse et ne risquaient pas de déteindre au premier bain de rivière ; je variais l’importance de mes lots en dosant les couleurs selon le canon indien : d’abord le blanc et le noir, à égalité ; ensuite le rouge ; loin derrière le jaune ; et, par acquis de conscience, un peu de bleu et de vert qui seraient probablement dédaignés.

En relisant ce passage de mon livre préféré, j’ai été marqué par la correspondance entre les préférences de couleurs décrites par l’ethnologue et les couleurs dominantes de certaines parures que je me suis procuré dernièrement. ParureLT.jpg La parure de la photo provient de la région d’Attapeu où vivent de nombreux groupes ethniques classés dans la catégorie ethnique « Lao Theung », qui regroupe des « Austroasiatiques », premiers habitants du Laos dont les cultures sont les plus « primitives ». Des parures plus simples illustrent mieux le rapprochement, mais comme ce vêtement est un cache-sexe masculin, une couleur agressive est sans doute recherchée et cette dominance rouge est en fait plutôt inhabituelle.

Il y a aussi des similitudes entre les organisations spatiales des villages Lao Theung et celles des villages indiens décrits par Lévi-Strauss.

Si vous avez du temps, lisez Lévi-Strauss : c’est bien.

Retour

Après avoir arpenté le Laos pieds nus, mendiant le riz et dormant dans les forêts sauvages, conversant avec les éléphants et les arbres, je suis prêt à revenir en France apporter mon soutien et délivrer de la souffrance mes frères et sœurs.

Plus sérieusement, j’ai eu, il y a peu, une envie compulsive, souvent attribuée aux femmes enceintes. Dans un film, un des acteurs, se dirige vers un distributeur et en retire un sandwich au pain de mie. Vous savez, ce genre de sandwich sous barquette plastique qu’on mange sur le pouce, bon compromis quand on a 10 minutes pour déjeuner, mais fade. Et bien, je bavais devant mon écran, putain ça a l’air bon, ça fait longtemps, échafaudant un plan pour aller dans une supérette acheter du pain de mie, du jambon et passer au marché pour de la salade. Finalement, découragé par l’ampleur de la tâche (il faut en plus que je passe à la station service, mon réservoir est presque vide), je suis allé commander du riz avec du poulet dans un petit restaurant de quartier. En y repensant, ce n’est pas le gout du sandwich qui m’a si terriblement manqué mais un besoin de standardisation, auquel j’ai été habitué en France. Ici, pas (encore) de MacDo ou de grande chaîne ; dans le même restaurant, le goût du milkshake-banane sera différent d’un jour à l’autre ; le code de la route est inconnu (pour être honnête, quelqu’un m’a dit que quelqu’un a vu des exemplaires dans un marché) ; il n’y a pas d’étiquettes de prix ; pas de panneaux qui commencent par ‘Ne pas’… C’est ce qui permet de différencier un pays pauvre d’un pays développé où toute notre énergie semble s’orienter vers le développement de rassurants standards. C’est paradoxal : un régime liberticide (certains ont payés un prix fort) et une sensation de liberté (pour certains donc) inconcevable en France.

Je vais donc traverser une nouvelle fois la frontière Thai à Nong Khai, remplir ce formulaire d’entrée pour la neuvième ou dixième fois, prendre un train de 12h pour Bangkok, voir des amis, aller à l’aéroport, check in, dormir, passage de la douane, et le RER B, ça fait longtemps. Il faudra que je fasse attention à certaines habitudes comme d’appeler toutes les femmes de plus de 40 ans ‘maman’ ; sourire aux gens sans raison particulière ; m’asseoir à une terrasse de café pour me protéger de la pluie sans rien commander ; inviter mes amis au mariage d’une connaissance ; inviter mes amis à l’enterrement d’une connaissance ; considérer qu’une bière à 1€ c’est cher ; demander quel est le groupe ethnique des villages traversés ; demander au chauffeur du bus de s’arrêter 2 minutes pour que je puisse aller acheter une bouteille d’eau ; penser que les femmes qui fument sont des prostituées thaïlandaises ; négocier 1/2 heure le prix d’une paire de chaussures ; passer l’après-midi à faire visiter Paris à un touriste qui m’a simplement demandé son chemin…

Ah oui : j’ai aussi pris le billet retour.

Une blague lao, un python et la crise financiere

Oncle Dorn, propriétaire d’une grande ferme demande un prêt à la banque ‘Nee Took’ « Combien voulez vous emprunter » demande le banquier. « 500 millions de kips » « D’accord mais vous devez me donner des garanties ! Combien avez vous de vaches dans votre ferme ? » « 300″ « Ca devrait suffire, votre emprunt est approuvé. » Quelques mois plus tard, oncle Dorn retourne à la banque pour rembourser son emprunt « Voici votre argent » dit-il en sortant une liasse de billets d’un gros sac. « Et bien, oncle, laissez moi vous féliciter pour votre réussite en affaires » dit le banquier en observant le sac. « Et pour votre sécurité, je vous propose de déposer vos bénéfices dans notre banque » Fixant intensément le banquier, Oncle Dorn demandât : « Mais vous devez me donner des garanties. Combien de vaches avez vous dans votre banque ? »

Ca fait sourire et réfléchir quand on sait que le ratio placements sur fonds propres de certaines banques peut dépasser 60.

Je ne suis pas quel sera l impact de la crise financière mondiale sur l’économie du Laos. Dans un pays ou plus de 4 habitants sur 5 cultivent le riz et vivent quasiment en autosuffisance, cueillent les pousses de bambous, champignons, légumes dans la forêt et comptent sur le petit gibier, les volailles ou les vieux boeufs pour leurs apports en protéine. Mon amie Sone est revenue d’un village de la région de Kasi. L’expatriée qui l’accompagnait a renoncé à se rendre plusieurs fois dans le village à cause de l’état de la route (les 20 km qui séparent le village de la route principale se parcourent en deux heures lorsqu’il n’a pas trop plu). Pendant son séjour, Sone a servie d’intermédiaire entre de jeunes adolescents de l’ethnie Hmong et des villageois dans la vente d’un python. Les adolescents demandaient 15 000 kips (2$) par kilo.  Prix jugé excessif par les villageois qui savent que les Hmongs ne mangent pas de serpent (pourquoi ?). Le python de 10kg a finalement changé de mains contre 110 000 kips. Il était parait il excellent cuisiné en soupe. J’aimerais manger du serpent mais, je suis plutôt prudent quand j’en vois un ; la vérité, c’est que je n’aime pas ces animaux. Alors que les laos se précipitent sur les serpents pour les tuer et les cuisiner, je préfère m’éloigner de la bête.

L’impact de la crise financière sur le Laos dépendra de ce qui va se passer en Thaïlande d’où la grande majorité des produits de consommation courants sont importés et où l’électricité lao est massivement exportée. A ma connaissance, les seuls biens de consommation que produit l’industrie Lao sont les cigarettes, la bière, le pepsi et le ciment. Il y aura peut être un peu moins de touristes que prévus. Il y a des raisons d’être optimiste pour la suite : l’essence devient bon marché avec la récession mondiale (ou croissance négative comme dirait l’autre), et doit compter comme un facteur important dans les importations laos ; les forêts laos vont être moins exploité si la demande de bois précieux baisse. Les bailleurs de fond vont peut être marquer une pause dans leur arrosage du Laos, mais mise à part en cas de crise alimentaire ou sanitaire grave, la baisse des fonds aura plus d’impact sur les finances de ‘Joe the consultant’ que sur le bien etre de ‘Mou l’agriculteur’ (variante locale de ‘Joe the plumber’).

Jeudi, une amie avait un peu d’argent de côté et souhaitait le placer, avec l’idée de peut être réaliser une petite plus-value. Nous sommes donc naturellement allés au marché ! où elle a acheté un bracelet de 15g d’or (pur à 99%) dans une boutique réputée du Talat sao. C’est un placement commun, avec l’achats de terres. Une économie palpable.

NB : dans le Vientiane Times du samedi 25 octobre, le tarif prohibitif de certains parkings lors de la fete des pirogues (10 000 kips/journee) est tres serieusement impute a… la crise financiere internationale. On peut lire entre les lignes que cette hausse des prix profite en premier lieu aux finances personnelles des policiers (au detriment des pauvres et de l esprit populaire de la fete).

Disabled man gets back on his bike

Lu dans le Vientiane Times du 15 septembre, le quotidien anglophone du Laos. L’article s’étale sur une demi-page sous le titre « Disabled man gets back on his bike ». L’article est illustré d’une photo de Mr Boulasy, souriant sur sa Honda Wave 100 avec juste en dessous un gros plan de l’accélérateur transféré à gauche de la fourche. Ci-dessous, une traduction de l’article (à la volée) en restant fidèle au style.

Un homme du village Sivilay, district de Xaythani, Vientiane, a perdu l’usage de son bras droit dans un accident de moto l’année dernière et pensait qu’il ne serait plus jamais capable de conduire à nouveau. En sortant de l’hôpital, il avait encore ses deux bras mais le bras droit était paralysé. Alors qu’il était à l’hôpital, les médecins lui proposaient d’amputer le bras, mais il a toujours refusé. L’homme, Mr Bounlasy Khenthavong, se demandait s’il pourrait conduire une moto à nouveau. Quand ses amis lui demandaient : « Pourras tu conduire à nouveau ? », il ne répondait pas, mais il n’y croyait pas et acceptait de ne plus en être capable. « J’espère qu’un jour je pourrais conduire ma moto, même avec un seul bras » pensait-il. Il demanda à ses amis Mr Keo et Mr Phoutong s’ils pensaient que tout était possible avec de la persévérance et beaucoup de travail. « Impossible, impossible ! » disait gentiment son ami Mr Keo. « Et pourquoi pas ? » s’interrogeait Mr Bounlasy. Mr Keo faisait remarquer que toutes les motos ont l’accélérateur sur le côté droit et qu’il est impossible de conduire sans l’usage du bras droit. « C’est tout simplement impossible » disait-il.

Ses deux amis partis, Mr Bounlasy observa sa mobylette et pressa l’accélérateur. « Ca ne m’empêchera pas d’arpenter à nouveau la route » se disait-il. « Je peux déplacer l’accélérateur sur le côté gauche ». Mr Keo l’avertit que s’il procédait ainsi, comme il est à l’encontre des règles d’avoir un accélérateur sur le côté gauche, la police le verbaliserait. Mais Mr Bounlasy répondait qu’il pensait que la police prendrait en compte son handicap et ne le verbaliserait pas. Deux jours plus tard, il amena sa moto chez un garagiste pour changer l’accélérateur de place. « J’étais la première personne à avoir cette idée » disait-il. « A ma connaissance, je suis le seul au Laos à conduire une moto avec l’accélérateur à gauche ». Il s’entraîna à conduire et à contrôler l’accélérateur avec sa main gauche à la place de la droite. Il passa une semaine à apprendre sur les routes près de chez lui. Un jour, il heurta un chien et eut un accident ; tombant sur la tête et souffrant de sévères saignements car il ne portait pas de casque. Il a prit une leçon. « Maintenant, en conduisant, je porte toujours des vêtements de protection. Je porte un pantalon et des manches longues ; un casque et des gants. Ce ne sont pas des gants de moto mais ils m’aident à garder le contact. Je ne peux pas faire de cross et je dois être très prudent mais je peux conduire »(…) Mr Bounlasy est heureux d’avoir démenti ses amis et est maintenant de retour sur les routes.

Çà me fait penser à la scène de « Sacré Graal ! » des Monthy Pythons où le chevalier noir continue à vouloir se battre contre le roi Arthur après la perte successive de ses bras et de ses jambes.’

Nord du Lao

Houei Xai : il pleut ; le café Lao est remplacé par du Nescafé importé de Thaïlande. Des groupes de voyageurs se rendent à l’embarcadère pour rejoindre Luang Prabang en descendant le Mékong. En compagnie d’un couple de Barcelonais ; la femme s’attendait à trouver des toilettes sur la route. Après 4 heures de route elle se résigne à aller dans un bosquet.

Luang Namtha : mauvaise carte ; mauvaise piste ; mauvais vélo ; repas de riz gluant et d’eau chaude dans un poste militaire. Les forêts sont dévastées par la culture sur bruli et les coupes de bois. Les jeunes des villages sont très timides. La rivière Nam Tha semble trop turbulente pour être descendue en bateau. Rencontre avec une lao qui étudie le droit en français à Hanoi. Outre le dialecte de son village, elle parle lao, français, anglais et commence à se débrouiller en Vietnamien. Personne ne veut partager les frais d’un trek de 7 jours et les petits treks dans des villages visités toutes les semaines ne m’intéressent pas.

Oudomxai : une jeune vendeuse se sert de son cahier de mathématiques pour envelopper des bananes grillées. La ville abrite un grand marché chinois. J’organise un déplacement à vélo depuis OudomXai pour Muang Khua. Le lao qui m’accompagne a une fille dans chaque district. Il sait où habitent les laos les plus jolies et s’arrange pour que l’on s’arrête à leurs boutiques. Le contraste entre les villages traversés est saisissant ; j’aimerai mieux comprendre les différences. Succession de villages avec des petites cabanes pour les esprits, des petits greniers à riz et les habitations. Arrêt dans une de ces cabanes plantée dans un champ à flanc de montagne. Une vieille femme défriche et décline les invitations à partager notre repas ; elle attend son mari parti chasser.

Sin Xai : Nous apprenons l’existence d’un village Akkha au sommet d’une colline proche. L’ascension est assez difficile sur l’escalier en glaise mais il n’y a pas de sangsues. Les enfants fuient à notre approche puis se cachent pour nous observer. Le contact s’établit difficilement. Les terres doivent être fertile car certaines familles ont des meubles dans leurs maisons. L’ascension de la colline avec une armoire a du demander des efforts considérables. Nous sommes malades avec mes guides laos ; probablement à cause du dîner. Des villageois Akkha et Thaï Dam viennent s’approvisionner en viande au marché ; les femmes portent leurs tenues traditionnelles, marchent deux mètres derrière leurs maris. Les rats séchés sont étonnament chers. J’achète une coiffe traditionnelle Thaï Dam à une vieille femme. La confection lui a demandé un mois de travail et je ne négocie pas quand elle m’en demande l’équivalent de 13 dollars.

Muang Khua : Attente d’un bateau pour Nong Khiaw. Le vieux marché Lao a brûlé ; les chinois sont sont soupçonnés. Lectures et discussions en buvant des milks shakes à la banane. Sur l’embarcadère, la foule s’agglutine autour d’un paysan venu en barque vendre la viande d’un de ses buffles. Les morceaux, étalés sur une bâche, passent de main en main. Attente de passagers pour affréter un bateau. La descente de la Nam Ou offre des paysages magnifiques.

Nong Khiaw : Des touristes venus de Luang Prabang.

Luang Prabang : Tourisme de masse. Les falangs restent entre eux. Je retrouve une connaissance de Vientiane et nous visitons des temples époustouflants. Direction Thaxoang en bateau.

Thaxoang : Nous attendons que le chauffeur trouve une batterie pour son truck. Direction Hongsa (25 km – 3 heures) Truck embourbé. Un 4*4 nous sort finalement de là juste avant la tombée de la nuit.

Hongsa : Pluie. Direction Xayabouli (95km – 9 heures). Notre 4*4 est embourbé. Le chauffeur s’acharne jusqu’à creuser un trou d’un mètre. Tentatives infructueuses de tractage par un autre 4 roues motrices. Seul un engin de chantier parvient à nous sortir de là juste avant que le câble ne lâche. Nous prenons en auto-stop des ouvriers qui s’arrêtent voir les prostituées.

Xayabouly : Pluie. Je retrouve des amis de Vientiane. Un office de tourisme dans la ville ; je suis le premier touriste qu’ils voient depuis 2 mois. Ils sont 11 à ‘travailler’ ici depuis 3 ans. Ils m’offrent du café et me proposent de m’amener dans les villages lorsque je leur fait part de mon intérêt pour les minorités ethniques. Un marché plein d’animaux sauvages encore vivants. Ce soir c’est le début de la retraite bouddhiste de 3 mois et les maisons des bouddhistes sont entourées de bougies. Pas de possibilité de louer une moto ; je remercie les jeunes qui me sortent en offrant des tournées de bière. Direction Pak Lai (150km – 7heures).

Pak Lai : Une vieille femme adorable qui se fait appeler ‘Madame’ m’héberge dans sa maison au bord du Mékong. Nous allons au temple offrir des sodas aux moines et novices puis ‘Madame’ m’offre du riz gluant et une sauce de piments pour le voyage en bateau. Direction Vientiane (200km? – 8 heures). Avec les laos, nous partageons une antipathie pour ces chinois braillards qui se précipitent dans le bateau. Plus tard, je prend un peu d’espace en me réfugiant sur le toit. Le contraste est saisissant entre les rives thaïs et laos.

Lao de conduite

Dans un intervalle de 10-15 ans, le laotien de Vientiane est passé du vélo au Toyota Vigo ou à la mobylette. Un vélocyclopédiste sur deux doit être un expat ou un touriste et on distingue aisément les repères d’expats à la proportion de vélos cadenassés à l’entrée. La plupart des autres cyclistes sont des marchands ambulants Vietnamiens proposant des briquets clignotants, le couteau de Rambo ou une manucure. Ma « conscience écologique » (i.e. je consomme(ais) autant que 10 ou 15 africains mais attend la solution au réchauffement climatique du protocole de Kyoto) n’a pas résisté à 40 km cumulés de vélo sous le soleil la journée ou avec les chiens à mes trousses la nuit. Du coup, je me suis offert un scooter Kolao, modèle RIO NF (pas vraiment aux normes francaises) rouge (c’est connu, ca va plus vite) et dont le compteur de vitesse peut afficher un fantaisiste 160km/heure (elle commence à trembler à partir de 60).

Sur la route, il faut vraiment s’attendre à tout : pas de règles de priorités, arrêts intempestifs, dépassements sans distance de sécurité… Pour traverser la rue, il est d’usage de commencer à rouler en sens contraire avant de rejoindre la bonne file quand l’opportunité se présente. La seule règle en usage : ‘Si tu peux passer, vas y !’. Au début je m’énervais un peu de voir des types risquer ma vie pour aller acheter une salade de papaye ; aujourd’hui je prend les queues de poisson avec détachement. L’usage du casque est généralisé en ville: les policiers, postés aux principaux carrefours, arrêtent et verbalisent (traduction : demandent un bakchich) tous ceux qui roulent sans casques. Par contre, personne ne le met pour les trajets où l’on ne risque pas de passer devant la police. Les feux de signalisation sont respectés dès lors qu’un policier surveille ; la nuit, lorsque les policiers dorment, les interdictions sont beaucoup plus théoriques.

Quotidiennement des accidents… Souvent une moto contre une voiture. Les collisions les plus graves sont signalées par les claquettes sur la route égarées par des motards malchanceux. Personne ne les enlève et elles restent là quelques jours, comme une piqûre de rappel.

Il y a aussi l’alcool. Histoire entendue d’une lao : ‘Un garçon et une fille qui vont se marier ont beaucoup bu et partent en moto à deux pour rejoindre des amis. Le garçon à l’arrière, saoul, tombe de la moto au milieu de la route. La fille est tellement ivre qu’elle ne s’en aperçoit qu’arrivé à destination. Elle rebrousse alors chemin pour trouver son copain qui a eu la chance de ne pas se faire rouler dessus. Il meurt à l’hôpital (dixit). C’était juste à côté de chez moi et depuis j’évite de prendre cette route le soir car beaucoup de gens sont morts ici et j’ai peur des fantômes.’

En dehors de la capitale, on voit surtout des motos (essentiellement des 100CC de facture chinoise), des 4*4, des tracteurs, touks touks de dimensions variables, d’énormes camions partant échanger le bois lao contre des téléphones portables. Le spectre des vitesses est large : de 15 à 80 km/h. En rentrant d’un temple à la campagne avec des moines, je leur ai appris que l’on pouvait être verbalisé en France si on roulait en deçà d’une vitesse minimale sur les grands axes. Ils ont beaucoup rigolé. A la campagne, le principal danger vient des vaches, moutons et buffles que l’absence de clôtures rend libres de traverser la route quand ils le décident. C’est particulièrement dangereux de nuit car en dehors des grandes villes, l’éclairage est inexistant. Sur un trajet de campagne, ces mêmes moines trouvaient très amusants de me raconter qu’en cas d’accident, ma mort ferait les gros titres des journaux et que l’ambassade de France enverrait un hélicoptère chercher mon corps. Une heure plus tard, j’ai des sueurs froides et essaie de construire en lao une demande polie pour demander au chauffeur de lever le pied. A cet instant précis, les phares éclairent une vache, sortie de nulle part, à 3 secondes de notre van, il s’en est fallu de très peu. Comme dit l’autre : ‘Ils s’en foutent, ils croient en la réincarnation’

Ca peut sembler paradoxal mais les routes sont relativement sûres dès que l’on a conscience de l’absence de règles, qu’on évite de dépasser le gramme d’alcool et de freiner par temps de pluie (de conduire sous la pluie !?). En France on attend des gens qu’ils respectent le code de la route, on se repose sur les règles à la merci du premier distrait ou excité du volant.

Sabaidee Luang Prabang

Attention spoiler !!!! Ce post dévoile pas mal du film ‘Sabaidee Luang Prabang’, à lire en connaissance de cause !

Hier, nous sommes partis voir un film avec 3 amis laos. C’est la première fois qu’ils allaient au cinéma et ils n’ont pas bien compris pourquoi je leur demandai d’éteindre leurs portables. Surtout que juste derrière nous certains répondaient au téléphone pendant le film (Allô !!! je regarde un film au ITEC…). Peu de laos vont au cinéma : il doit y avoir moins d’une dizaine de salles dans le pays, c’est cher (près de 2$) et il n’est pas possible d’arrêter le film pour manger une salade de papaye (argument imparable ^_^). Après nous être levés pour l’hymne nationale et avoir subi les réclames de Beer Lao (la fierté du Laos dixit la pub) et d’une marque de lessive qui rend comme neufs les maillots de foot, le film a enfin commencé.

C’est l’histoire d’un garçon (Sorn), photographe à Bkk, dont le père est lao et la mère australienne, à la découverte du pays de son père (i.e. le Laos), guidé par Noy, une lao éduquée de Luang Prabang. Dans une des premières scènes, la charmante guide est abordée dans la rue par un couple d’étrangers : l’homme, assez éméché, veut faire une photo avec elle et enroule sans gêne sa main autour de l’épaule de Noy. C’est très impoli au Laos où les contacts physiques dans un espace public entre un garçon et une fille sont tabous. Noy se défend vigoureusement (you can not do this!) et part fâchée. Seul falang dans la salle, j’ai un peu honte. Un peu plus tard vient la rencontre avec le photographe : au détour d’une rue, il lui offre son parapluie alors qu’elle grelotte, trempée par une averse : il est gentil ! Noy, lao au caractère lisse va être le guide de Sorn dans sa découverte du Laos. Même s’il vit en Thaïlande, Sorn est culturellement décalé : il dit merci tout le temps et multiplie les salamalecs ; ne sait pas manger et manque s’étouffer avec les plats pimentés ; n’a pas de tact pour remercier les paysans qui l’hébergent ; n’est pas habitué à se laver à l’eau froide ; est un peu perdu dans une fête religieuse en son honneur ; élève la voix lorsqu’il est fâché… Il y a des scènes rigolotes comme lorsque Sorn explique patiemment à un enfant d’un village ‘primitif’ comment prendre une photo et la développer en amenant la carte mémoire dans un magasin. Le petit hausse les épaules, sort un Polaroïd, prend une photo de Sorn, secoue le cliché et lui offre.

Le film est de qualité et la photo réussie. Le film n’est pas sous titré et les dialogues m’ont souvent échappés. On peut regretter que l’histoire d’amour soit si classique et suive sans surprise le schéma de tant de chansons mielleuses thaïs (un garçon gentil + une fille ‘comme il faut’, ils se regardent, se sourient, puis la fille découvre que le garçon a déjà une copine et la fille est pleine de tristesse -i.e. elle ne sourit plus et regarde ses pieds-…), mais le public sera essentiellement thaï et le réalisateur, a aussi pensé à la rentabilité de ‘Sabaidee Luang Prabang’. Premier film lao (en réalité une coproduction lao-thaï ) depuis une vingtaine d’années, (ou 33 ou 35 ans selon les sources) c’est vraiment un bon moment, plein de fraîcheur. Quelques petites incohérences relevées : une seule averse pendant le film (c’est la saison des pluies ou pas ?) ; Noy mange de parfaites sphères de riz gluant sans les accompagner de sauce ou de légumes ; à l’entrée du Vat, il n’y a pas de chaussures… L’essentiel des figurants de ‘Sabaidee Luang Prabang’ doit être formé de paysans ou de marchands mais le naturel naturel lao prend le dessus sur la caméra et leurs performances sont très honorables. La scène finale montre les deux protagonistes un an plus tard qui marchent séparément, le visage plein d’un large sourire, dans les rues de Luang Prabang. Mes amis laos ont eu des avis partagés sur le film, mais ils regrettent tous la fin du film, pas assez explicite à leur goût car elle peut laisser un doute sur le fait que Noy et Sorn se sont finalement retrouvés.